Les ordres viennent de Khartoum

Afrique Centrale

Afrique Centrale Info, 18 Octobre 2006

Le gouvernement soudanais entraîne et équipe les djandjawid, les miliciens accusés de violences et d’exactions contre les populations non-arabes au Darfour, région de l’ouest du Soudan en proie à la guerre civile, a rapporté mardi la BBC citant un ancien membre de la milice.

Cet homme, identifié seulement par le nom d’"Ali", a admis avoir tué des villageois innocents au Darfour. Il a expliqué à la BBC comment les soldats gouvernementaux formaient la milice.

"Les gens qui nous entraînaient venaient du nord, du gouvernement", a raconté "Ali" à la BBC. "Ils nous donnaient des ordres, et nous ont dit que quand nous serions entraîné, ils nous donneraient des armes et des munitions. Nous avons été séparés en deux groupes, un sur chevaux, un sur chameaux".

"Ali" a servi dans la milice pendant deux ans et a déposé une demande d’asile en Grande-Bretagne. La BBC a consulté d’autres réfugiés originaires du Darfour et soumis son témoignage à un psychologue. Tous l’on jugé crédible.

"Ils portaient les uniformes des militaires", a dit "Ali" pour expliquer comment il savait que les hommes chargés de le former étaient des soldats gouvernementaux.
Interrogé sur le nom des membres du gouvernement qui donnaient des ordres à la milice, "Ali" a rapporté qu’un "visiteur régulier et bien connu" était le (ex-)ministre soudanais de l’Intérieur (désormais ministre de la Défense) Abdul Rahim Mohammed Hussein.

"Ce que je vous dis est un fait", a-t-il ajouté. "Les djandjawid ne prennent aucune décision. Les ordres venaient toujours du gouvernement".

"Ali" a raconté avoir été impliqué dans plus de 50 attaques sur des villages, et se rappelle plus particulièrement celle menée contre le village de Janga: "Les avions (du gouvernement soudanais) sont arrivés avant les djandjawid. Nous avons vu la fumée, le feu et nous sommes entrés."

Il a également admis que d’autres hommes de la milice violaient les femmes des villages attaqués: "Oui, il y a de nombreux viols. Mais ils ne le font pas devant les autres. Ils emmènent la victime et la violent".

Le ministre britannique pour la Coopération internationale, Hilary Benn, a estimé auprès de la BBC: "Ce sont clairement des preuves très sérieuses et ce que je conseillerais vivement, c’est que ces informations soient livrées aux enquêteurs de la Cour pénale internationale."

Lundi, les médias soudanais ont rapporté que Khartoum avait élaboré un plan, soumis à l’Union africaine (UA), pour désarmer dans deux mois les djandjawid.

La question du désarmement des djandjawid est essentielle pour rétablir le calme au Darfour, où selon l’Onu 200.000 personnes ont péri et quelque 2,5 millions ont été déplacées depuis le début du conflit en février 2003.