De retour du Darfour, le président du CICR déplore la détérioration de la situation et ses conséquences pour la population de la région

Redaction

Congo Plus, 21 Février 2007

Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, revient aujourd'hui d'une visite de cinq jours au Soudan, qui s'est déroulée dans un contexte marqué par une recrudescence de la violence et une détérioration des conditions de sécurité dans de nombreuses régions du Darfour.

Au cours de son voyage, M. Kellenberger s'est rendu à Gereida et à Nyala (Darfour Sud), à El Fasher (Darfour Nord), et à Juba (Sud-Soudan) . Le but de sa visite, la troisième dans ce pays depuis 2004, était principalement de :

- se rendre compte par lui-même et sur place de la situation qui prévaut actuellement au Darfour sur les plans humanitaire et de la sécurité ;

- demander instamment aux représentants du gouvernement, de la faction de l'Armée de libération du Soudan (Sudan Liberation Army - SLA) dirigée par Mini Minawi, et des groupes armés n'ayant pas signé l'accord de paix au Darfour de s'acquitter des obligations qui leur incombent, en vertu du droit international humanitaire, d'épargner et de protéger les civils ;

- demander que le CICR puisse accéder en toute sécurité aux personnes qui ont besoin de son assistance.

Ces derniers mois, les combats ayant redoublé d'intensité dans de nombreuses régions du Darfour, les habitants ont fui vers des régions plus reculées, et le personnel humanitaire a donc plus de difficulté à les atteindre. Quant aux personnes qui sont restées dans leurs villages, la violence et l'insécurité les ont empêchées de s'occuper de leurs cultures et d'aller sur les marchés locaux. En outre, les mécanismes traditionnels de survie ont été anéantis, et les communautés nomades se sont vues dans l'impossibilité d'emprunter leurs routes de transhumance séculaires. Les animaux se sont ainsi retrouvés entassés dans des espaces restreints, ce qui a eu pour conséquence d'épuiser encore davantage les ressources en eau et les pâturages.

Pour le CICR, qui concentre ses activités de protection et d'assistance sur les zones rurales plus que sur les camps, de tels signaux sont alarmants. En effet, si ces régions ne sont pas accessibles en toute sécurité, les organisations humanitaires auront de plus en plus de mal à répondre aux besoins des personnes qui y vivent. Des communautés entières sont ainsi prises dans la spirale de la misère, ce qui les oblige à chercher refuge dans des camps déjà surpeuplés. La visite du président à Gereida tient avant tout au fait que le CICR, en tant que dernier acteur humanitaire maintenant la présence d'expatriés sur place, a dû reprendre des activités d'assistance dans le camp de cette ville et fournir vivres, eau et soins de santé aux quelque 120 000 personnes déplacées qu'il héberge.

Le CICR compte actuellement au Soudan 160 expatriés et plus de 1 800 collaborateurs locaux basés dans les trois États du Darfour, au Sud-Soudan et à Khartoum. Il est actif au Sud-Soudan depuis 1984, à la suite de la guerre civile dans cette région, et au Darfour depuis 2004.