Chirac presse le Soudan d'accepter des Casques bleus au Darfour

Redaction

Nouvel Observateur, 15 Février 2007

Jacques Chirac a pressé jeudi le Soudan d'"accepter le déploiement d'une force de paix" au Darfour, alors que la France organisait un mini-sommet sur la situation dans cette région en marge du 24e sommet France-Afrique à Cannes.

"J'appelle tous les belligérants et le gouvernement du Soudan (...) à accepter le déploiement d'une force de paix, à cesser les attaques, à respecter les populations civiles et le personnels humanitaires, à comprendre l'impasse et l'horreur d'une politique du pire, et faire ainsi le choix de la réconciliation", a lancé le président français dès l'ouverture du sommet, devant une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement africains ainsi que la chancelière allemande Angela Merkel.

Les violences au Darfour ont fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003, le conflit s'étendant désormais au Tchad et à la Centrafrique voisins.

En marge des débats à Cannes, portant sur la question des matières premières ou de la représentation de l'Afrique dans les instances internationales, un mini-sommet sur la situation au Darfour, qui avait été souhaité par le président soudanais Omar el-Béchir à en croire l'entourage de Jacques Chirac, s'est ouvert jeudi après-midi. D'abord visiblement peu enthousiaste, le président tchadien Idriss Déby s'est laissé convaincre par le président français d'y participer.

Le Centrafricain François Bozizé, le président de l'Union africaine John Kufuor, le président égyptien Hosni Moubarak, le Gabonais Omar Bongo et le commissaire européen Louis Michel y participaient également.

Après avoir lancé les débats, Jacques Chirac devait quitter cette réunion. "C'est avant tout un processus africain et la France n'a pas à s'immiscer dans ce dialogue", selon son entourage. Il s'agirait de tenter d'obtenir la restauration d'un début de dialogue entre ces pays, la fin des combats et des déstabilisations mutuelles et de convaincre Khartoum d'accepter le déploiement de Casques bleus.

Le président soudanais a rejeté la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies appelant à un remplacement par une force onusienne de 22.000 Casques bleus des 7.000 soldats de l'Union africaine, handicapés dans leur lutte contre la violence par le manque de fonds et d'équipement inadéquat. M. El-Béchir ne s'est en revanche pas prononcé clairement sur une force mixte UA-ONU.

Outre les adieux de Jacques Chirac aux Africains, le sommet est également dominé par la situation en Guinée, où le président Lansana Conté a décrété lundi soir la loi martiale, après trois jours d'émeutes et d'affrontements, mais des coups de feu retentissaient encore jeudi. Selon des organisations de défense des droits de l'Homme, ces violences ont coûté la vie à au moins 64 personnes. Lors de la séance d'ouverture, M. Kufuor a appelé la Guinée à résoudre cette crise "rapidement et de manière pacifique".

Dans un communiqué publié jeudi, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a appelé Jacques Chirac et Angela Merkel à "obtenir la levée de l'état de siège et la mise en place d'une commission internationale d'enquête".

Après avoir boudé le dîner restreint réunissant autour de Jacques Chirac 16 chefs d'Etat francophones mercredi soir, le président de Djibouti Ismaïl Omar Guelleh participait jeudi au sommet de Cannes.

A la veille de l'ouverture de la réunion, la juge d'instruction parisienne chargée de l'enquête sur la mort du magistrat français Bernard Borrel en 1995 à Djibouti a convoqué comme témoin le président de ce pays africain.

La magistrate Sophie Clément a convié le président djiboutien pour vendredi, mais il est peu vraisemblable que l'intéressé se rende à la convocation. Il est protégé par l'immunité dont bénéficient tous les chefs d'Etat en exercice.

Bernard Borrel, magistrat français détaché à Djibouti, a été retrouvé mort et brûlé le 19 octobre 1995 à 80km de la capitale djiboutienne. La veuve du magistrat, Elisabeth Borrel, accuse en effet le président Ismaël Omar Guelleh d'être le commanditaire de l'assassinat de son mari, ce que conteste Djibouti. AP