L'option militaire n'est pas la solution à la crise du Darfour

Redaction

All Africa, 19 Février 2007

L'option militaire n'est pas la solution à la crise du Darfour, ont prévenu deux hauts représentants des Nations Unies (ONU) et de l'Union Africaine (UA). Les deux parties au conflit devraient plutôt s'engager sur la voie d'un processus de paix.

« Tout le monde est unanime : il n'y a pas de solution militaire à la crise du Darfour », a déclaré Jan Eliasson, l'Envoyé spécial des Nations Unies pour le Darfour, lors d'un point de presse jeudi à Khartoum, la capitale soudanaise. « S'il y a une solution, elle doit être politique ».


« Si nous laissons passer à nouveau l'occasion de faire la paix au Darfour - en ne tirant pas parti de tout le travail déjà réalisé et ne saisissant pas maintenant cette opportunité pour mettre définitivement fin à ce conflit - nous commettrons une grave erreur », a prévenu M. Eliasson lors de la conférence de presse conjointe qu'il a tenue avec Salim Ahmed Salim, l'Envoyé spécial de l'UA pour le Darfour.

MM. Eliason et Salim s'étaient rendus à Khartoum et au Darfour pour rencontrer les autorités soudanaises et les représentants des mouvements rebelles. L'objectif de ces visites était de tenter à nouveau de convaincre les non-signataires de l'accord de paix du Darfour de mai 2006 d'accepter une trêve dans le conflit. Les deux envoyés spéciaux espéraient également exercer une pression sur le gouvernement de Khartoum pour l'amener à suspendre ses opérations militaires dans cette région ravagée par la guerre.

« Il ne peut y avoir de solution militaire à la crise du Darfour », a déclaré M. Salim. « Cette crise n'a apporté que la souffrance, la mort et la désolation aux populations de la région ».

Malgré les promesses réitérées des autorités soudanaises et des rebelles, rien sur le terrain ne semble montrer que les deux parties sont prêtes à trouver une solution pacifique à la crise, ont indiqué certains observateurs.

Bien au contraire ; on assiste à une escalade de la violence qui nuit gravement au bon déroulement des opérations humanitaires dans cette vaste région. Cette semaine, par exemple, des avions de l'armée soudanaise ont bombardé deux villages du Nord Darfour et ce, en parfaite violation de deux accords de cessez-le-feu, a fait remarquer l'UA. Mais pour les autorités de Khartoum, ces bombardements sont une riposte aux attaques des rebelles.

M. Salim a également exhorté les deux parties au conflit à mettre fin au cycle de la violence.

« Les premières réactions des deux camps, face à cette escalade de la violence ont été encourageantes, et d'après les assurances qui nous ont été données par toutes les autres parties, tout sera fait pour faciliter les opérations des organisations humanitaires », a-t-il souligné.

« Nous allons nous atteler à la tâche avec le souci de l'urgence » a ajouté M. Salim. « Car si nous continuons à mener des consultations, plus nous perdons du temps, plus les gens se font tuer ».

Selon les travailleurs humanitaires, la violence s'est intensifiée au Darfour depuis la signature de l'accord de paix entre le gouvernement et une faction du mouvement de libération du Soudan.

Deux autres factions ont refusé de signer cet accord, sous prétexte qu'il ne répondait pas à leurs exigences minimales, à savoir le partage des richesses et du pouvoir. Les mouvements rebelles se sont ensuite scindés en plusieurs factions, et les changements d'alliances entre ces factions ont donné lieu à de fréquents affrontements avec les forces gouvernementales.

En 2006, les travailleurs humanitaires ont été la cible de nombreuses attaques qui ont gravement nuit à la poursuite des opérations humanitaires. Pour les observateurs, il n'est pas possible d'identifier les responsables de ces attaques en raison de la grande difficulté à distinguer les vrais groupes rebelles, défendant une cause politique, des simples groupes de bandits.

« Les travailleurs humanitaires sont fatigués », a souligné M. Eliasson. « Ils nous ont clairement fait part de leur sentiment de lassitude et de frustration vis-à-vis de la situation ».

La crise conflit du Darfour a éclaté en 2003 avec le déclenchement d'une rébellion armée contre le puissant régime islamique de Khartoum qui, à en croire les rebelles, ont abandonné la région et serait responsable de sous-développement.

Pour tenter de contenir la crise, le gouvernement soudanais a armé des milices arabes - les janjawids - auteurs des nombreux viols et massacres perpétrés contre les communautés noires africaines.

Selon les travailleurs humanitaires, la crise du Darfour, au Soudan, a fait au moins deux millions de déplacés. Ce conflit déborde également sur la région est du Tchad et du nord-ouest de la République centrafricaine, les trois pays s'accusant mutuellement de soutenir des groupes rebelles hostiles à leur gouvernement.

Entre temps, la mission d'enquête sur la crise du Darfour, dépêchée par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, s'est rendue au Tchad voisin pour rencontrer les réfugiés qui ont fui cette région ravagée par la guerre. Toutefois, la mission n'a pu se rendre au Darfour, les autorités soudanaises ayant refusé de lui délivrer un visa.

A New-York, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, s'est dit très déçu que la mission n'ait pas pu se rendre au Soudan et a abordé ce sujet avec le président soudanais, Omar el-Béchir.