Maintien de la force de l'Union Africaine au Darfour: "une décision qui ne résoudra pas le problème de fond"

Secours Catholique

News Press, 25 Septembre 2006

L'Union africaine a fait part le 21 septembre de sa décision de prolonger la présence de sa force au Darfour jusqu'à la fin de l'année. Le Secours Catholique-Caritas France, allié à d'autres associations, avait interpellé la semaine dernière les autorités françaises sur le caractère urgent du déploiement d'une force des Nations Unies dotée de moyens conséquents afin de protéger efficacement les populations civiles. Dès lors, l'organisation témoigne de son incompréhension suite à cette décision, et dénonce l'attentisme de la communauté internationale face à l'une des plus graves crises humanitaires actuelles qui a déjà provoqué la mort de plus de 200 000 personnes.

La force de l'Union africaine déployée en octobre 2004 dans le cadre des négociations de la paix au Darfour a fait à plusieurs reprises la preuve de son incapacité à protéger les populations civiles des offensives meurtrières lancées par les forces soudanaises. Depuis le 28 août 2006, elle n'a ainsi pas empêché les soldats soudanais et miliciens janjawids de faire de la région de Kulkul le théâtre de milliers d'exécutions sommaires, d'actes de tortures et de viols. Même si l'ONU et la Ligue arabe lui apportent, comme elles le déclarent actuellement, « une aide technique et financière », cela sera sans aucun doute insuffisant. Contrairement à la force de l'Union africaine, les casques bleus auraient eu pour mandat de protéger les civils au titre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, et à cette fin, pourraient faire usage de la force.

La prolongation ne fait que reporter une prise en charge sérieuse de la catastrophe humanitaire au Darfour. Elle laisse surtout toute latitude au gouvernement du Soudan et aux milices janjawids de poursuivre en toute impunité leurs destructions et exactions contre les populations civiles. Si le Secours Catholique-Caritas France salue l'appel lancé par le Président Jacques Chirac au Président soudanais pour qu'il accepte l'envoi par l'ONU de 20 000 hommes, force est de constater que cela n'a pas eu l'effet escompté. Pour Michel Roy, directeur du plaidoyer international du Secours Catholique-Caritas France, « cette décision de l'Union africaine ne résoudra pas le problème de fond, et on ne peut décemment pas assister aux tergiversations de la communauté internationale sans rien dire ». Non seulement carte blanche est laissée aux forces soudanaises pour les trois prochains mois, mais aucune garantie n'est acquise quant à un déploiement des casques bleus en janvier 2007.