Darfour - Mettre fin au martyre

Redaction

All Africa, 15 Février 2007

Tous ceux qui ont assisté à Addis-Abeba les 29 et 30 janvier derniers au huitième sommet de l'Union africaine sont unanimes sur ce point : si rien n'est fait dans les plus brefs délais pour résoudre le conflit qui couve entre le Tchad et le Soudan, les deux pays courent inéluctablement vers une confrontation armée.

A Addis-Abeba, la tension était si vive entre les deux délégations qu'on a cru à un moment donné qu'elles allaient en venir aux mains. Elles ne l'ont pas fait. Tant mieux. Le danger n'est pour autant pas écarté. Mais le coup de semonce d'Addis-Abeba a été suffisamment fort pour que la conférence des chefs d'Etat demande au conseil de paix et de sécurité de se pencher sur le sujet. Celui-ci s'est réuni les 12 et 13 février toujours à Addis-Abeba. Il a été décidé qu'une mission d'information se rendra à la frontière entre les deux pays pour " en prendre conscience ".

C'est là une approche pédagogique classique : pour résoudre un problème, ne faut-il pas d'abord en prendre conscience ? Pourtant, les données du problème au Darfour sont connues depuis 2003. Voici bientôt quatre ans que dure le massacre à huis clos des populations négro-africaines dans cette province de l'ouest du Soudan. Des images absolument horribles en provenance de cette région martyrisée ont déjà fait plusieurs fois le tour du monde. L'Union africaine a si bien pris conscience de la situation qu'elle y a déployé en 2004 une force de 7000 hommes, ce qui est bien peu pour une région plus grande que notre pays.

En plus, cette force est si mal équipée et si peu motivée qu'elle n'a plus qu'une seule envie : repartir au plus vite de cette région maudite. C'est pourquoi il est de plus en plus question de placer tout au long de la frontière entre le Tchad, le Soudan et la RCA une force hybride d'interposition ONU-UA. Si le Tchad et la RCA ont tout de suite donné leur accord, il n'en est pas de même du Soudan. Omar el Bechir n'y voit qu'une manoeuvre américaine pour s'emparer tôt ou tard du pétrole qui coulerait en abondance dans son Darfour. Pourtant la guerre civile y fait rage. Celle-ci, en trois ans, a déjà causé la mort de 300.000 personnes et provoqué le déplacement de deux millions et demi d'autres.

Il est de notoriété publique que c'est la guerre du Darfour qui est à l'origine des troubles que connaît actuellement l'Est du Tchad et le nord-est de la RCA. Dans ces régions, des rebelles aux régimes de N'Djamena et de Bangui ont élu domicile. Certes, les présidents Deby et Bozizé ont réussi à neutraliser leurs deux plus dangereux ennemis, respectivement Mahamat Nour et Abdoulaye Miskine, mais la paix n'est pas pour autant garantie pour les deux pays, et la situation humanitaire demeure préoccupante.

Elle est si préoccupante que même l'ancien chef d'Etat américain, Jimmy Carter, a dû faire le week-end dernier le déplacement de Khartoum pour essayer de convaincre le chef de l'Etat soudanais d'accepter enfin le déploiement au Darfour d'une force d'interposition. Peine perdue. Espérons que le président Chirac qui aura, en marge du 24e sommet France-Afrique d'aujourd'hui, des entretiens avec les trois chefs d'Etat du Tchad, du Soudan et de la RCA, aura plus de chance que Jimmy Carter.