La Mission du Conseil des droits de l'homme au Darfour mènera une évaluation indépendante, affirme Jody Williams

Onu

Centre De Nouvelles De L'onu, 09 Février 2007

A la veille de son départ pour le Soudan où elle doit évaluer la situation au Darfour pour le compte du Conseil des droits de l'homme, la chef de la Mission de Haut Niveau, Jody Williams, a tenu à rappeler de façon « franche et directe » qu'elle tenait à faire des recommandations concrètes et indépendantes.

« L'objectif de la Mission est de procéder à une évaluation de la situation et de faire des recommandations pour essayer d'améliorer la situation au Soudan. Nous allons faire des recommandations dont nous espérons qu'elles pourront effectivement être mises en oeuvre, pas seulement de grandes idées qu'on pourrait formuler tout de suite », a déclaré Jody Williams, chef de la mission du Conseil des droits de l'homme, lors d'une conférence de presse à Genève.

Jody Williams, prix Nobel de la paix 1997 pour son action en faveur de l'élimination des mines antipersonnel et co-fondatrice en 2006 de la Nobel Women's Initiative, a ajouté qu'elle procèderait « comme d'habitude de façon franche et directe », la diplomatie n'étant « pas son fort ».

Elle prendra la tête de la mission mise en place par le CDH le 13 décembre 2006 (dépêche du 13.12.06).

« Je veux que cette mission réussisse », a-t-elle affirmé en réponse à une question sur son caractère « terriblement tardif ».

« Le prix Nobel ne confère ni la sainteté ni la possibilité de souhaiter la paix pour toute la planète », a-t-elle ironisé, avant d'ajouter que si elle pensait que cet exercice était « totalement futile, elle n'irait pas » au Soudan.

« Nous allons essayer d'évaluer la situation à l'heure actuelle. Mais il serait totalement absurde de penser qu'on pourrait tout analyser au niveau des droits de l'homme dans le pays. Nous avons eu de très nombreux rapports cette semaine. On ne va pas refaire ce qui est déjà là », a-t-elle expliqué.

Jody Williams a refusé de répondre aux questions « provocatrices », refusant aussi de donner des détails sur l'itinéraire exact ou sur ses interlocuteurs.

Elle a toutefois annoncé que la Mission se rendrait d'abord à Addis-Abeba où elle rencontrerait des représentants de l'Union africaine. Ensuite ce sera Khartoum le 13 février et puis retour le 25, avec une semaine pour écrire le rapport.

La presse, par ailleurs, sera absente du voyage.

« Je veux que cette mission puisse rencontrer les gens librement, confortablement », a-t-elle expliqué.

En réponse à une question, la chef de la Mission a révélé que le Soudan n'avait pas encore accordé de visa d'entrée à tous ses membres.

Mais elle s'est dit confiante et a refusé de se déclarer vaincue par avance et d'avoir des préjugés : « vous obtenez ce à quoi vous vous attendez », a-t-elle lancé.

Elle a toutefois argumenté qu'elle ne voyait pas pourquoi le Soudan, qui a accepté les termes de la résolution, ne voudrait pas « faire entendre sa voix ».

« Ce n'est pas un mystère qu'il y a eu depuis le début une controverse sur la composition de la Mission » mais « il serait absurde qu'un pays qui a accepté une Mission ait un pouvoir de veto sur ses membres », a-t-elle dit.

« C'est une mission indépendante : personne ne nous dit quoi penser, personne ne nous dit quoi dire et personne ne nous dit quoi écrire », a-t-elle insisté, avant de préciser que le rapport ne serait pas nécessairement écrit de façon « consensuelle ».

Le président du Conseil des droits de l'homme, Luis Alfonso de Alba, avait invité les personnalités suivantes à faire partie de la Mission de Haut niveau en leur qualité personnelle : Mme Sima Samar, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Soudan ; M. Mart Nutt, membre du Parlement estonien et membre de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) du Conseil de l'Europe; M. Bertrand Ramcharan, ancien Haut-Commissaire aux droits de l'homme par intérim et Haut-Commissaire adjoint; M. Patrice Tonda, Représentant permanent du Gabon auprès des organisations internationales à Genève; et M. Makarim Wibisono, Représentant permanent de l'Indonésie auprès de l'Office des Nations Unies à Genève et ancien président de la session de 2005 de la Commission des droits de l'homme.

Le rapport de cette Mission viendra s'ajouter aux travaux de la Cour pénale internationale (CPI) (dépêche du 14.12.06) et, tout récemment de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants dans les conflits armés, Radhika Coomaraswamy, qui revient du Soudan (dépêche du 8.02.07).