Afrique: Pourquoi l'Afrique se rapproche de la Chine

Redaction

All Africa, 08 Février 2007

Le président chinois en personne, Hu Jintao, est en train d'effectuer une opération de charme en Afrique. A la fois diplomatique et économique et teintée de pragmatisme. Presque partout où il passe, il pose des actes concrets de coopération ou met en selle des projets dont les bases sont ficelées de sorte à être profitables aux pays concernés.

Hu Jintao a annulé la dette de certains pays africains et annoncé de grands chantiers de développement. Un plan stratégique 2007-2009 a été mis en place. La Chine entend doubler son aide à l'Afrique, octroyer trois milliards de dollars de prêts, deux milliards de dollars de crédits à des conditions préférentielles et créer un fonds de développement de cinq milliards de dollars pour soutenir les entrepreneurs chinois et les encourager à investir en Afrique. Bref, selon le ministère chinois du Commerce, au cours du demi-siècle passé, la Chine a aidé, de façon pratique, 53 pays africains avec 800 projets. En la matière, ce pays asiatique montre le bon exemple. Hu Jintao a été clair : "Il s'agit d'apporter un soutien ferme aux peuples africains pour la libéralisation nationale, le développement et le redressement du continent". Une telle dynamique s'observe déjà sur le terrain. En tout cas, la Chine semble avoir bien cerné les besoins prioritaires de l'Afrique en construisant des écoles, des routes, des barrages, des stades omnisports, etc. Cette nouvelle dynamique de coopération Sud-Sud rompt avec ce que l'Occident a servi depuis plus de quarante années au continent africain. La Chine, en peu de temps, est en train de lui ravir la vedette, en insistant notamment sur les bénéfices mutuels d'un tel partenariat. A l'évidence, l'heure pour l'Afrique de multiplier ses partenariats a sonné.


Pourquoi lui en vouloir ? Pourquoi n'emboiterait-elle pas les pas de l'Occident qui a déjà l'art consommé de multiplier ces réseaux d'amitiés ? D'autant que, en près de 50 ans d'indépendance, le continent noir a été victime d'une coopération qui l'a plutôt maintenue dans une dépendance vis-à-vis de l'Occident. Ceci explique-t-il cela ? Jusqu'à présent, l'Afrique a végeté à la périphérie du développement. Pourquoi ne saisirait-elle pas alors la perche que lui tent la Chine ? Cela dit, il appartient aux pays africains de savoir bien gérer cette nouvelle forme de coopération, de sorte à en tirer le meilleur profit. Cette coopération du genre donnant-donnant et gagnant-gagnant, pourrait tracer de profonds sillons de développement pour les pays du Sud.

Mais en matière d'affaires, il faut être vigilant. Car la Chine, à l'image de tous les Etats qui battent des mains et des pieds pour conquérir l'Afrique, vise aussi ses intérêts. Et si les pays africains ne font pas preuve de responsabilité et de clairvoyance, ils risquent d'être mauvais gagnants.

Déjà, des produits chinois innondent des marchés africains, créant ainsi une sorte de concurrence déloyale vis-à-vis des produits locaux. De plus, le pays de Hu Jintao est critiqué parce qu'il ne menagerait pas assez les travailleurs africains que ses entreprises basées sur le continent emploient. Mais à la décharge de la Chine, les Africains des zones urbaines n'ont pas, à vrai dire, la culture du travail. Pourraient-ils jamais marcher sur le terrain au rythme de leurs collègues chinois, véritables bourreaux du travail ?

Les Africains devront donc faire preuve de tact, afin de trouver un juste milieu pour que ce nouvel élan de coopération soit réellement profitable aux deux parties. Les Occidentaux qui semblent mal apprécier ce rapprochement entre la Chine et l'Afrique du fait qu'ils perdent du terrain sur le continent, se sont eux-mêmes résolus à accentuer leurs relations commerciales avec le pays de Hu Jintao. La Chine est en effet un vaste marché à cause notamment de son importante population. Lorsque les consommateurs sont aussi nombreux, les opportunités d'affaires sont généralement alléchantes. Si l'Occident s'évertue à exploiter ce créneau, pourquoi pas l'Afrique ? Le "berceau de l'humanité" peut bien tirer profit de l'expertise chinoise déployée en Afrique. En retour, c'est sûr que la Chine guette aussi les matières premières dont regorge le continent africain. Tout cela doit être fondé sur des bases saines de coopération.

En terme de développement, l'Afrique gagnerait assurément à s'inspirer du modèle chinois. Ce pays, jadis sous-développé, a effectué une percée fulgurante en quelques décennies, laissant loin derrière, les Etats africains qui, eux, semblent avancer au rythme de la malgouvernance. Peut-être qu'enfin, l'heure du réveil a sonné. La Chine est assurément en train de leur indiquer la voie. Celle de la combativité et de la pugnacité.