Soudan: "entrave" à la mission sur le Darfour (diplomates français)

Afp

Le Monde, 08 Février 2007

La mission du Conseil des droits de l'ONU pour le Darfour se heurte à "l'entrave" des autorités soudanaises qui, jeudi, n'avaient pas encore délivré de visa aux membres de la délégation, a-t-on appris auprès de l'ambassade de France à Genève.

Les pays membres de l'Union européenne (UE) "ne sont pas très contents de la composition de la mission qui inclut deux ambassadeurs", l'Indonésien Marakim Wibisono et le Gabonais Patrice Tonda, selon un diplomate de haut niveau représentant l'UE. Pour les Occidentaux la présence de représentants de gouvernements jette un doute sur l'indépendance de la mission.

De son côté, Khartoum reproche à l'un des membres de la mission, Bertrand Ramcharan, ancien Haut commissaire aux droits de l'homme par intérim, d'avoir qualifié de "génocide" les massacres au Darfour, selon une source diplomatique à Genève.

Enfin, les autorités soudanaises n'apprécient pas la nomination à la tête de la mission de Jody Williams, Prix Nobel de la Paix 1997 pour son engagement contre les mines anti-personnel et connue pour son intransigeance en matière de droits de l'homme.

Selon le programme prévu, la mission doit quitter Genève le 10 février pour le Soudan.

"Ce ne serait pas très intelligent de la part des autorités soudanaises de refuser la mission car cela laisserait penser qu'elles ont quelque chose à cacher", a observé mardi un diplomate de haut niveau représentant de l'UE en faisant état des réticences soudanaises.

Le principe de la mission pour le Darfour a été adopté en décembre 2006 à l'issue de tractations serrées lors d'une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme sur la situation dans cette région de l'ouest du Soudan.

La guerre civile au Darfour et ses suites ont fait environ 200.000 morts depuis 2003, jetant plus de deux millions de réfugiés sur les routes, selon l'ONU.

Les autorités soudanaises accusent les organisations internationales et les médias de "mentir", et de "gonfler" les chiffres sur un conflit qui ne serait, selon elles, que le résultat d'affrontements sporadiques entre tribus.