Khartoum, l'UA surmonte dans la douleur sa plus grave crise

A Khartoum

Afp, 24 Janvier 2006

L'Union africaine (UA) a survécu à sa crise la plus grave depuis sa création en 2002, surmontant un casse-tête sur sa présidence qui aura écrasé le sommet de Khartoum et occulté tous les autres dossiers épineux du continent.
Avant le début du sommet, et pendant une bonne partie des deux journées de réunion, les dirigeants des 53 pays africains ont été absorbés par d'intenses tractations sur l'élection du président de l'UA pour 2006, bloquées par le refus initial du Soudan de retirer sa candidature controversée.
Pour la première fois dans l'histoire de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et de la jeune UA qui lui a succédé en 2002, le sommet s'est ouvert lundi sans que le nouveau président ne soit connu.
Ce n'est que mardi à la mi-journée que la crise a été dénouée, avec la désignation par consensus du président congolais Denis Sassou Nguesso et la promesse de confier au Soudan la tête de l'organisation en 2007.
Des dizaines d'ONG s'étaient opposées à une présidence soudanaise, en raison de l'implication de Khartoum dans la guerre civile qui l'oppose depuis février 2003 au Darfour (ouest) à des rebelles d'ethnies noires.
Selon plusieurs participants, la présidence pour 2007 pourrait toutefois être conditionnelle à une amélioration de la situation au Darfour. Mais le ministre gabonais des Affaires étrangères, Jean Ping, a assuré à l'AFP qu'il n'y avait "aucune condition".
"Si le choix du Soudan pour l'année prochaine est définitif, c'est une farce, car (le président soudanais) Omar el-Béchir ne sera pas plus apte à présider l'UA dans un an que maintenant", a estimé à Khartoum Reed Brody, de l'organisation non-gouvernementale Human Rights Watch.
"Mais si les chefs d'Etat lui ont imposé des conditions sur la résolution de la paix au Darfour (dans l'ouest du Soudan), c'est positif", a-t-il ajouté.
Quoi qu'il en soit, le casse-tête sur la présidence est considéré par un haut fonctionnaire de l'UA comme "une crise de croissance salutaire".
"Pour une fois, l'UA a été capable de dire 'non' à un pays, au moins dans l'immédiat. C'est une évolution puisque jusqu'à présent le pays hôte du sommet prenait la présidence quelle que soit la situation des droits de l'Homme", souligne-t-il.
Reste que cette question a fait de l'ombre au thème officiel du sommet, "éducation et culture", ainsi qu'à d'autres dossiers à l'ordre du jour comme celui de l'ex-président tchadien Hissène Habré, dont la Belgique réclame l'extradition pour le juger pour violations "graves" des droits de l'Homme.
Les crises en Côte d'Ivoire ou en Somalie, ou encore les tensions entre le Tchad et le Soudan ont également été reléguées au second plan et n'ont fait l'objet que de vagues déclarations d'intention.
"Tous les autres sujets sont passés à la trappe. L'UA a donné d'elle-même une image faible", a déploré un responsable d'une agence humanitaire internationale.
Le choix du président congolais déçoit également certains défenseurs des droits de l'Homme, qui rappellent la disparition en 1999 au port fluvial de Brazzaville de nombreux Congolais rentrant d'exil.
"En quoi Sassou Nguesso est-il plus présentable que Béchir? Pour nous, c'est une solution tout aussi négative pour l'image de l'UA", avait déclaré à l'AFP le secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho), Alioune Tine, avant même que le président congolais ne l'emporte.