Les enfants soldats mobilisent la communauté internationale

Par Christophe Ayad

Liberation, 05 Février 2007

Il a fallu du temps pour que ce phénomène, qui a pris toute son ampleur dans les années 80 et 90, soit considéré comme un problème à part entière», explique Radhika Coomaraswamy, représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU pour les enfants et les conflits armés, dont le poste a été créé en avril dernier. Aujourd'hui et demain, une grande conférence internationale, la première consacrée à cette question à ce niveau, se tient à Paris. «Cette question ne doit pas rester l'apanage des seules ONG», explique un diplomate français.

Il s'agit, dix ans après la Conférence du Cap, qui avait une dimension très technique, d'affirmer un engagement fort de la communauté internationale et d'adopter des «principes» et des «engagements» : libérer immédiatement tous les enfants soldats, accentuer les efforts de réinsertion et créer un environnement plus protecteur pour les enfants. «Il s'agit de faire le bilan des programmes menés ces dix dernières années», explique Mme Coomaraswamy. Certes, le nombre de conflits a diminué, mais il faut se pencher de près sur ce qui a marché ou non au Burundi, en Sierra Leone, au Liberia, en Ouganda, au Congo-Kinshasa ou au Soudan. Autant de pays où ont eu lieu des programmes de démobilisation et de réinsertion, mais où subsistent des conflits.

Besognes. Prenons le cas du Soudan. Alors que le sud du pays émerge à peine d'un quart de siècle de guerre civile et que les 7 000 enfants soldats démobilisés (3 000 sont en attente, deux ans après la paix) peinent à trouver une place dans la vie civile, la machine à enrôler tourne à plein régime au Darfour, d'où revient Radhika Coomaraswamy avec l'engagement de toutes les parties à libérer les enfants soldats et à ouvrir leurs camps à l'Unicef. Quid du Liberia où certains enfants, désarmés et réhabilités, ont été recrutés en Côte-d'Ivoire voisine ? L'exemple de Thomas Lubanga, un chef de guerre congolais, qui sera jugé cette année par la Cour pénale internationale pour recrutement d'enfants soldats, commence à faire réfléchir. «Moi aussi je finirai devant la CPI ?» , demandait, inquiet, un chef rebelle du Darfour à la responsable onusienne.
Mais il n'y a pas qu'en Afrique que les enfants servent de variable d'ajustement. En Tchétchénie, en Colombie, les paramilitaires, qui se chargent des sales besognes dont ne veut pas l'armée, comptent des mineurs. Même le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont déployé, jusqu'à 2005, des moins de 18 ans en Irak...