Ouverture à Paris d'une conférence internationale sur les enfants soldats

Par Pierre Glachant

Afp, 05 Février 2007

Une conférence internationale se tient lundi et mardi à Paris pour mobiliser les Etats et les organisations et tenter de faire cesser le drame des enfants soldats, utilisés dans de nombreux conflits armés, et dont le nombre est estimé à environ 250.000 à travers le monde.

Des représentants d'une soixantaine de pays, ainsi que de diverses organisations internationales et des responsables d'ONG seront présents à cette conférence, qui sera co-présidée par le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, et la directrice générale de l'Unicef, Ann Veneman.

Cette conférence est la première réunissant l'ensemble des acteurs concernés par les enfants soldats, depuis leur présence dans les conflits, de Sierra Leone, Liberia, République démocratique du Congo, etc.., ajoutés aux travailleurs de terrain, représentants de forces de maintien de la paix et des Etats donateurs, notamment européens, relève-t-on à l'Unicef.

"L'objectif fondamental de cette conférence est de parvenir à avoir un engagement sans équivoque des Etats... pour mettre fin au recrutement et à l'utilisation des enfants soldats", explique Henri Leblanc, chef de programmes à l'Unicef.

Les Etats présents devraient souscrire un ensemble de résolutions, les "engagements de Paris", qui, sans avoir une valeur contraignante, souligneront leur volonté de prévenir et lutter contre l'enrôlement des enfants, souligne-t-on de source française.

Mais les participants apporteront aussi solennellement leur soutien aux "principes de Paris", mise à jour des meilleures pratiques pour éviter aux mineurs de rejoindre des groupes armés ou pour se réinsérer dans leurs communautés, dix ans après les "principes du Cap", en 1997, ajoute-t-on de même source.

Les acteurs de terrain concèdent que des "erreurs" ont été commises ces dernières années dans la lutte contre le phénomène des enfants soldats: les filles n'ont pas été suffisamment prises en compte et tout programme de réinsertion doit s'inscrire dans la durée.

"Très souvent, les donateurs prévoient des programmes très courts. Généralement, sur trois ans. Ces programmes sont tellement courts qu'on n'a pas le temps d'inscrire cette réinsertion dans la durée", alors que ces jeunes ont subi des "traumatismes psychologiques très graves", relève Liliane André, de la Fédération internationale de Terre des Hommes.

"Ce n'est pas en lui proposant une formation professionnelle de six mois qu'un enfant qui a été utilisé dans un conflit, complètement déconnecté de sa communauté, de sa famille, va se réinsérer", renchérit Henri Leblanc.

Les filles, "très difficiles à réinsérer parce qu'elles sont stigmatisées lorsqu'elles reviennent dans leurs villages", doivent être davantage prises en compte, souligne Liliane André.

"Utilisées à des fins sexuelles, mariées de force, sortant du conflit avec un enfant", il convient de faire "tout un travail de reconnection sociale avec la communauté", ajoute Henri Leblanc.

Aujourd'hui, "la question des enfants soldats est un phénomène mondial. Ce n'est pas du tout la spécificité du continent africain", ajoute aussi ce spécialiste de l'Unicef.

L'Asie, poursuit-il, a été ces dernières années le "continent le plus touché", en particulier en Afghanistan, aux Philippines, en Indonésie, au Népal, en Birmanie. Sans parler de la Colombie, où l'on estime le nombre des enfants soldats à 10.000.

Et une responsable des Nations unies, Radhika Coomaraswamy, vient d'indiquer que de plus en plus d'enfants soldats combattent au Darfour (ouest du Soudan), déchiré par une sanglante guerre civile.