Victoire et vigilance du gouvernement dans l'Est du Tchad

Reuters

L'express, 04 Février 2007

Les soldats tchadiens qui ont repoussé jeudi dernier une attaque rebelle à Adré, dans l'est du pays, près de la frontière soudanaise, se réjouissent de leur succès mais sont prêts à toute éventualité dans cette guerre du chat et de la souris qui dure depuis plusieurs mois.

Le raid des rebelles, que le gouvernement du président tchadien Idriss Déby accuse d'être soutenus par le Soudan, est le dernier en date d'une série d'attaques dont l'une est arrivée en avril dernier jusqu'à N'Djamena, la capitale, avant d'être repoussée au prix de lourdes pertes.

D'après les Nations unies, les combats d'Adré ont fait une dizaine de morts et une quarantaine de blessés jeudi dans la population civile. Les rebelles ont fait état d'une centaine de morts parmi les gouvernementaux et de 13 tués dans leurs rangs.

Quant aux forces de N'Djamena, elles ont annoncé que des centaines de rebelles avaient été tués, blessés ou capturés lors de ces combats, les autres étant repoussés vers l'intérieur de la province soudanaise du Darfour.

"Ça s'est passé bien (...) On a brûlé plusieurs de leurs véhicules, ils ont perdu de nombreux hommes. Nous, pas trop de pertes... C'était pas difficile. C'était bien. En tout cas, le moral est bon", a déclaré dimanche à Reuters Delley Wardougou, jeune soldat de l'armée tchadienne juché sur un camion tout-terrain garé dans la cour de la préfecture d'Adré.

"Le combat s'est passé en pleine ville. Les militaires étaient de l'autre côté de la ville, les rebelles ont pénétré par le sud", a raconté Bila, 20 ans, un habitant d'Adré.

"La population était là. Les gens ont eu peur, ils se sont regroupés dans un même lieu et finalement les roquettes sont tombées sur eux. Il y a eu beaucoup de morts - femmes, enfants, vieillards - et de nombreux blessés", a-t-il dit.

"AGRESSION DU REGIME DE KHARTOUM"

Deux chars et des BM-21, des véhicules de fabrication russe équipés de lance-roquettes multiples, sont stationnés sur une petite éminence aux portes de la ville, prêts à riposter si les rebelles lancent une nouvelle attaque.

"Depuis si longtemps, on est face à une agression caractérisée du régime de Khartoum qui, par l'intermédiaire de mercenaires venant de partout, cherche a déstabiliser le Tchad. Nous allons nous défendre jusqu'au bout", a déclaré le ministre des Mines et de l'Energie, le général Mahamat Ali Abdallah Nassour, envoyé par N'Djaména pour superviser les opérations.

Dimanche, dans la poussière des rues et la lumière aveuglante du soleil, la ville est calme, où stationnent les 4X4 de l'armée gouvernementale. Des soldats se reposent à l'ombre devant l'hôpital, qui a accueilli plus de 180 blessés lors des derniers combats.

Selon des habitants d'Adré, les soldats tchadiens ont reçu le soutien de miliciens soudanais, les imposants Tora Bora, qui exposent leurs gris-gris, sont connus pour mener la contrebande d'armes le long de la frontière, également avec la Centrafrique, et agissent en fonctions de leurs intérêts.

Adré se trouve à 170 km à l'est d'Abéché, plaque tournante des opérations humanitaires dans la région, et les nouveaux combats ont ravivé l'inquiétude du HCR, qui plaide pour le déploiement de casques bleus.

Le gouvernement tchadien a affirmé que l'attaque de jeudi avait été menée par des "mercenaires venus du Soudan".

Un porte-parole des rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) a pour sa part déclaré que les assaillants avaient "rempli leurs objectifs" et qu'ils s'étaient retirés d'Adré.