Attaque rebelle contre la ville frontalière d'Adré, au Tchad

Par Betel Miarom Et Stéphanie Hancock

Reuters, 02 Février 2007

Des rebelles tchadiens ont attaqué jeudi la ville frontalière d'Adré, limitrophe de la province occidentale soudanaise du Darfour, à 800 km à l'est de la capitale du Tchad.

Le gouvernement tchadien a affirmé que l'attaque de ces éléments qu'il a qualifiés de "mercenaires venus du Soudan" avait été repoussée par l'armée et que les rebelles s'étaient repliés au Darfour.

Un porte-parole des rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) a pour sa part affirmé que les assaillants avaient "rempli leurs objectifs" et qu'ils s'étaient retirés d'Adré, qui se trouve sur la route principale reliant le Tchad au Soudan.

Aucune information indépendante n'était disponible dans l'immédiat pour permettre de vérifier les affirmations des deux protagonistes.

"Les mercenaires venus du Soudan ont attaqué ce matin les positions de l'armée nationale tchadienne à Adré. Ils ont été défaits complètement", a annoncé le ministre tchadien des Communications, Hourmadji Moussa Doumgo, en précisant que l'armée pourchassait les assaillants.

Le ministre tchadien de la Défense, Bichira Issa Djadallah, a assuré pour sa part que l'armée avait repris le contrôle de la localité, situé à 167 km à l'est d'Abéché, plaque tournante de l'aide humanitaire aux réfugiés tchadiens et soudanais dans cette région.

Des travailleurs humanitaires à Adré ont indiqué que l'hôpital de la ville avait accueilli 120 blessés, parmi lesquels un tiers au moins de civils.

Les rebelles ont affirmé de leur côté que 13 de leurs combattants et une centaine de soldats gouvernementaux avaient été tués.

"ADRE A 400 M DU SOUDAN"

Depuis quelques mois, divers groupes rebelles rassemblés sous la bannière de l'UFDD ont mené des raids de harcèlement contre les forces gouvernementales dans l'est de l'ancienne colonie française.

Au pouvoir depuis 17 ans, le régime d'Idriss Déby les accuse d'être soutenus par le Soudan voisin, ce que dément le gouvernement islamiste de Khartoum.

"Quand quelqu'un attaque Adré, d'où vient-il?", a demandé à Reuter le ministre tchadien de la Défense, Bichara Issa. "Adré est à 400 mètres du Soudan. Alors vous pensez que l'attaque est venue du Soudan ou du Tchad?"

L'assaut de jeudi est de nature à tendre un peu plus les relations entre le Soudan et le Tchad, où le conflit du Darfour a débordé depuis plusieurs mois.

Le président tchadien Idriss Déby a accusé mardi le Soudan d'exporter son "génocide" du Darfour au Tchad et la communauté internationale de s'en rendre complice par son silence.

Dans une interview à Radio France Internationale en marge du sommet de l'Union africaine qui s'est tenu en début de semaine à Addis-Abeba, Déby a estimé que le monde pratiquait "la politique de l'autruche" face aux agissements des autorités soudanaises.

La guerre qui sévit dans la province occidentale du Soudan depuis quatre ans aurait fait selon les experts quelque 200.000 morts, principalement parmi les populations négro-africaines victimes des djandjaouids.

Ces cavaliers arabes qui seraient armés et soutenus par le régime islamique de Khartoum, ce que celui-ci nie, ont ces derniers mois étendu leurs exactions à l'est du Tchad, faisant des centaines de morts.

Le président soudanais Omar Hassan al Bachir "transporte ce génocide-là au Tchad, sans que la communauté internationale lui dise quoi que ce soit", a déploré Idriss Déby.

Une équipe de l'Onu chargé d'étudier l'éventuel déploiement de casques bleus du côté tchadien de la frontière avec le Soudan s'est rendu la semaine dernière au Tchad. Le Soudan refuse pour sa part tout déploiement de casques bleus au Darfour.