L'Union africaine inflige un revers diplomatique au Soudan

Redaction

Le Monde , 30 Janvier 2007

Pour la deuxième année consécutive, le président soudanais, Omar Al-Bachir, a essuyé un revers diplomatique. Il lui a été infligé par ses homologues africains qui ont refusé, lundi 29 janvier, de l'élire à la présidence de l'Union africaine (UA) en raison du rôle joué par son régime dans les crimes commis au Darfour. Le poste est revenu au président ghanéen, John Kufuor, surnommé le "gentil géant".

En 2006, alors que la présidence tournante de l'UA devait, déjà, lui échoir, le Soudan avait accepté d'y renoncer, à condition de l'obtenir cette année. Mais les organisations de défense des droits de l'homme, alliées à plusieurs pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, ont mené une campagne efficace contre Khartoum. Le Tchad, qui accuse le Soudan de soutenir une rébellion à sa frontière, avait même menacé de quitter l'UA si M. Bachir l'emportait.

Sous l'influence du président sud-africain Thabo Mbeki et d'un groupe de sept chefs d'Etats africains, le Soudan a finalement accepté de retirer sa candidature, considérée comme un sujet secondaire alors que le continent fait face à des crises qui pourraient dégénérer en conflits régionaux, à la frontière entre le Darfour, le Tchad et la République centrafricaine, ou en Somalie.

Ce camouflet diplomatique n'a pas empêché le dirigeant soudanais d'offrir un minimum de concessions au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, venu à Addis-Abeba dans le cadre d'une tournée africaine, pour tenter de convaincre Khartoum - sans grand succès - d'accepter le déploiement au Darfour d'une force militaire, où se retrouveraient des casques bleus et les 7 000 hommes de l'UA, déjà déployés sur place.

Avant la rencontre, M. Ban affirmait vouloir des "actes" et non des "promesses". Il avait promis d'exhorter le dirigeant soudanais à " mettre un terme à tous ces bombardements et à ces attaques contre les civils". Mais, au terme d'une heure trente d'entretien, le nouveau secrétaire général de l'ONU ne pouvait que revendiquer un vague accord pour "accélérer le processus politique conjoint entre l'ONU et l'UA et les préparatifs pour la mission de maintien de la paix".

MISSION AU DARFOUR

Le dirigeant soudanais aurait également promis de "faciliter l'accès des organisations humanitaires", et accueilli favorablement une mission au Darfour, prévue début février, de l'envoyé de l'ONU, Jan Eliasson, et de son homologue de l'Union africaine, Salim A. Salim. M. Bachir a également affirmé qu'il répondrait prochainement à une lettre de l'ONU proposant le déploiement au Darfour d'une première vague de plus de 2 300 personnels onusiens pour renforcer l'UA.

"J'attends une réponse prompte et positive", a déclaré M. Ban, qui a accepté une invitation de se rendre au Soudan. Un tel déploiement serait suivi d'une seconde vague, beaucoup plus importante, qui permettrait à la force conjointe d'approcher un effectif de 20 000 hommes, établi par le Conseil de sécurité. Mais le Soudan n'a toujours pas accepté le principe de ce déploiement et la percée dans la négociation attendue par le secrétaire général de l'ONU n'a pas eu lieu.

Le conflit du Darfour, qui a déjà fait près de 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés, n'a rien perdu de son intensité. Face au président soudanais, M. Ban a exprimé sa "profonde inquiétude concernant la poursuite des violences et la détérioration de la situation des droits de l'homme au Darfour". Selon un collectif d'organisations humanitaires qui opèrent dans l'ouest du Soudan, "l'assistance est sur le point d'être stoppée" en raison "des violences toujours plus nombreuses perpétrées à l'encontre des civils et des travailleurs humanitaires".