Darfour: une organisation des droits de l'Homme met en cause l'ONU

Agence France Presse

Agence France Presse , 15 Octobre 2006

L'organisation britannique de défense des droits de l'Homme, Minority rights group, estime que l'ONU aurait pu prévenir la crise au Darfour si elle avait déchiffré les signes annonciateurs en se basant sur son expérience au Rwanda.

Dans un rapport publié lundi, l'organisation affirme que la crise du Darfour aurait pu être évitée si la communauté internationale et l'ONU avaient prêté attention aux premiers signes d'alerte et avaient agi en conséquence.

«Malgré l'échec au Rwanda dix ans plus tôt, les Nations unies et la communauté internationale n'ont pas tiré de leçon de leurs erreurs en mettant en place un système pour détecter et combattre l'escalade des querelles ethniques», explique-t-elle dans un communiqué.

Pour Mark Lattimer, le Darfour «ne serait pas dans cet état si les dispositifs des Nations unies avaient agi ensemble après le Rwanda: leur action a été un peu trop faible et un peu trop tardive».

«L'ampleur de la crise, le nombre de meurtres, de viols, de personnes déplacées auraient pu être prévus et évités», a-t-il ajouté. Au moins 200 000 personnes ont péri et 2,4 millions de personnes ont fui, selon les Nations unies.

L'organisation plaide notamment pour la création par l'ONU d'un système d'alerte intégré qui agisse plus en amont pour détecter les abus et pour des experts en résolution de conflits ayant une capacité rapide d'intervention.

Les auteurs du rapport constatent que les violations des droits de l'Homme des minorités conduisent souvent à un conflit. «Au Darfour en particulier, le gouvernement soudanais en connivence avec la milice arabe Janjawid, ont activement fomenté la division entre les communautés ethniques sur une longue période», soulignent-ils.

«À de rares exceptions, les alertes des minorités soudanaises et des associations des droits de l'Homme n'ont presque jamais été relevées par les organismes humanitaires ou les médias internationaux jusqu'en 2003», ajoute l'organisation.

Elle relève que l'ONU n'a pas su entendre son propre rapporteur spécial pour la Commission des droits de l'Homme qui s'inquiétait dès 2001 de la détérioration de la situation au Darfour. La Commission a même retiré en 2003 le Soudan de la liste des pays sous surveillance, souligne-t-elle.

«Le rapport montre clairement que l'ONU a eu plusieurs opportunités pour agir au Darfour mais qu'elle a failli», indique Minority rights group, qui reproche également à la communauté internationale de s'être seulement concentrée sur le règlement du conflit entre le nord et le sud du Soudan.

Et cela a été fait «aux dépens de la crise naissante au Darfour», ajoute-t-il.

«Les appels pour une plus grande prise en compte du Darfour étaient considérés à l'époque comme des obstacles à la paix», poursuit l'organisation. Selon elle, les différents acteurs «qui pilotaient le processus de paix n'ont pas réalisé la connexion entre le conflit au Darfour et celui, plus large, du Soudan».