Soudan/Darfour : Les organisations préviennent que toutes les opérations sont sur le point d'être arrêtées

Tv5

News Press 2007, 29 Janvier 2007

Les leaders africains et Ban Ki moon doivent impérativement réagir au sommet de l'Union africaine avant qu'il ne soit trop tard.

Aujourd'hui, l'assistance des organisations humanitaires au Darfour est sur le point d'être stoppée si les décideurs présents au sommet de l'Union africaine ne prennent pas des dispositions urgentes pour mettre fin aux toujours plus nombreuses violences perpétrées à l'encontre des civils et des travailleurs humanitaires.

Pour les organisations humanitaires, les chefs d'Etats africains et le nouveau secrétaire général des Nations Unies Ban ki Moon, si ils ne veulent pas abandonner les populations du Darfour, doivent impérativement prendre des décisions concrètes pour ouvrir un nouveau chapitre dans le règlement du conflit et obtenir un cessez-le-feu immédiat respecté par toutes les parties.

Les six organisations - Action contre la Faim, CARE International, Oxfam International, Norwegian Refugee Council, World Vision and Save the Children - indiquent que les travailleurs humanitaires doivent aujourd'hui faire face à une violence jamais atteinte dans le Darfour, qui a conduit à réduire au minimum les opérations d'aide aux populations alors même que les besoins humanitaires n'ont jamais été aussi importants.

Les attaques contre les civils augmentent encore et poussent toujours plus de personnes à fuir. L'arrêt des opérations humanitaires risque de laisser des millions de personnes à la merci de menaces toujours plus fortes.

Il est impératif de ne pas laisser la pire crise connue depuis 4 ans s'aggraver davantage.

"Le conflit dure depuis trop longtemps et atteint aujourd'hui un degré de gravité jamais connu. Attendre encore, revient à mettre en danger des centaines de milliers de vies, mais aussi à risquer l'arrêt total de l'ensemble des opérations d'assistance. Aujourd'hui, l'Union Africaine, les Nations Unies et la communauté internationale doivent affirmer que c'en est trop. », déclare Irungu Houghton, le coordinateur panafricain d'Oxfam pour le sommet de l'Union à Addis Abeba.

Les récents combats au cours du mois de janvier ont fait plus de 350 victimes et forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs villages.

Les dissensions au sein des mouvements rebelles et un manque de responsabilité généralisé laissent le Darfour comme une zone de non-droit où les travailleurs humanitaires sont devenus des cibles directes.

La violence s'est répandue à travers le Darfour et a traversé la frontière avec le Tchad. La violence a même atteint les villes principales qui sont aujourd'hui le théâtre de combats en pleine rue.

Plus d'un mois après l'attaque de travailleurs humanitaires à Gereida - la plus violente depuis le début du conflit- où des équipes ont été victimes de viols, de simulacres d'exécutions et battues- il est toujours trop dangereux pour les organisations de revenir dans le plus grand camp de déplacés au monde qui abrite 130 000 personnes qui ont fui leurs villages à la suite d'attaques. Dans d'autres zones du Darfour, les évacuations temporaires des équipes ont continué, depuis début décembre, près de 500 travailleurs humanitaires se sont retirés. Début janvier, les Nations Unies ont prévenu que les taux de malnutrition augmentaient toujours atteignant des niveaux proches d'une situation d'urgence.

Tous les progrès engagés depuis 4 ans pour stabiliser la situation sont sur le point d'être anéantis.

Les six organisations considèrent que le sommet sera un échec à moins que :

1. Les chefs d'Etat africains conduits par la présidence de Denis Sassou Ng'uesso et le nouveau secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon fassent réellement pression sur toutes les parties au conflit pour que les attaques contre les civils et les travailleurs humanitaires cessent immédiatement et que les auteurs des violences soient incriminés.

2. L'Union africaine fasse plus encore pour stopper la multiplication des attaques. La crédibilité de l'Union auprès des populations du Darfour est au plus bas. Les troupes de l'UA au Darfour doivent tenter de regagner la confiance de la population en appliquant les mesures de protection suivantes :

- Des « patrouilles pour le bois » régulières pour accompagner les femmes lorsqu'elles vont chercher du bois nécessaire au foyer et au fourrage à l'extérieur des camps.

- Une présence 24h/24h à l'intérieur des principaux camps et villes pour assurer la sécurité des civils.

- Mieux utiliser la commission Cessez-le-feu pour incriminer les violateurs du cessez-le-feu.

« La communauté internationale a abandonné les populations du Darfour en ne fournissant pas les fonds, l'équipement et le soutien nécessaire à la force de l'union africaine. Mais l'UA peut -et doit- faire plus avec les moyens dont elle dispose. Il n'y a aucune raison pour que les « patrouilles pour le bois » ne puissent être mises en oeuvre immédiatement » indique Hussein Halane, responsable Soudan pour Save the Children.

Les organisations humanitaires travaillant au Darfour ont maintes fois appelé au renforcement de la force de l'Union africaine mais après 2 ans de promesses de la part de toute la communauté internationale, l'UA fournit aujourd'hui une protection encore moins efficace qu'auparavant.