L'Union africaine prolonge sa mission au Darfour

Philippe Bolopion Et Jean-philippe Rémy

Le Monde , 21 Septembre 2006

éuni en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, qui rassemble à New York les dirigeants de la planète, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a décidé, mercredi 20 septembre, de proroger de trois mois le mandat de ses troupes au Darfour. Les 7 000 "casques verts" de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) vont donc poursuivre leur mission jusqu'au 31 décembre dans l'ouest du Soudan, au lieu de plier bagage fin septembre, comme cela était initialement prévu, au moment même où une offensive gouvernementale est en cours.


Le prolongement du mandat des forces africaines n'est qu'une solution provisoire. Elle est rendue indispensable par le refus de Khartoum d'accepter le déploiement, réclamé par le Conseil de sécurité de l'ONU, de près de 17 000 casques bleus et de 3 000 policiers civils. Cette force devrait éviter au Darfour, vaste comme la France, de subir une catastrophe à grande échelle alors que le gouvernement soudanais a massé dans la région des dizaines de milliers d'hommes et a lancé, fin août, une offensive contre les rebelles non signataires d'un accord de paix déjà défunt. Aux côtés des troupes régulières soudanaises, différents corps de milices, parmi lesquels les "janjawids" (cavaliers arabes) responsables de tant d'abominations, sont à nouveau activés ou viennent d'être recrutés, comme dans le Darfour Sud, tandis que les bombardements à l'aveuglette font déjà de nombreuses victimes.

Déployée à une période où la situation militaire était plus calme, la MUAS avait été, en dépit de ses efforts, dans l'impossibilité de protéger les populations du Darfour, faute de moyens, d'hommes et d'un mandat approprié. Face à la reprise de la guerre civile, la question de l'efficacité de la mission se pose à présent de manière aiguë. Au cours de ces trois mois supplémentaires, la MUAS devrait être renforcée, grâce à "des contributions de pays africains, un soutien logistique et matériel de l'ONU et un financement de la Ligue arabe", selon le président du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, le président burkinabé, Blaise Compaoré.


CRI D'ALARME


L'aide des pays contributeurs africains ne devant pas fondamentalement évoluer, la nouveauté réside surtout dans l'implication des Nations unies. Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno affirme que l'ONU pourrait fournir, en plus d'équipements, "des experts techniques dans les domaines logistique, militaire, de la communication et de l'information", tout en précisant que l'Organisation "ne financera pas la mission de l'Union africaine".

Ces arrangements ne constituent qu'une parenthèse, alors qu'aucune question cruciale sur l'avenir du Darfour n'a été résolue. Le Soudan est non seulement opposé au déploiement d'une force de l'ONU, mais également au principe du transfert du mandat de la MUAS à l'ONU, principe auquel l'Union africaine est très attachée pour ne pas donner l'impression de quitter le Darfour sur un échec, sachant aussi que ses hommes devraient être versés dans la mission onusienne.

Le Soudan a averti plusieurs fois, au cours des semaines écoulées, qu'il demanderait le départ de la MUAS si l'Union africaine persistait dans sa volonté de transmettre son mandat à l'ONU. Aucune décision claire n'avait, semble-t-il, été prise à cet égard, mercredi soir. Pourtant, la pression internationale augmente pour contraindre Khartoum d'accepter le déploiement de casques bleus.

Devant l'Assemblée générale de l'ONU, le président américain, George Bush, a de nouveau affirmé, mardi, qu'un "génocide" était en cours au Darfour, où plus de 200 000 personnes ont péri depuis 2003. Il a aussi évoqué pour la première fois l'éventualité que l'ONU se passe de l'autorisation du Soudan pour intervenir, solution qui passerait par le vote d'une résolution contraignante, encore hypothétique.

A la même tribune, le président français, Jacques Chirac, a pour sa part lancé un cri d'alarme contre le "crime contre l'humanité" menaçant la région, et appelé "solennellement" le Soudan à accepter le déploiement de casques bleus.

Mais à New York, le président soudanais, Omar Al-Bachir est demeuré inflexible, qualifiant le projet de "complot sioniste" dont l'objectif serait de "démembrer" le Soudan et de "piller" son pétrole. Rien ne laissait envisager, mercredi, un revirement de Khartoum, en dépit des propositions de dirigeants africains qui suggèrent que la force onusienne soit commandée par un Africain et composée en majorité de pays du continent.