Alerte sur la situation humanitaire au Darfour

Médecins Du Monde

News Press, 25 Septembre 2006

Depuis plus de deux ans, Médecins du Monde intervient dans le Darfour : au Sud auprès des populations déplacées du camp de Kalma et dans le Nord dans le camp de Zam Zam. Depuis peu, nos opérations se sont étendues dans des zones reculées du Djebel Mara et de Kutum via des cliniques mobiles.

Notre objectif est de fournir, de manière impartiale un accès pour les civils aux soins de santé primaire et de procéder à une surveillance sanitaire et épidémiologique étroite.

Jusqu'à maintenant, nous sommes parvenus à maintenir un équilibre, certes précaire, de l'état de santé des bénéficiaires de nos missions, et à fournir aux populations isolées des services médicaux basiques.

La dégradation de la situation dans la province du Darfour vient remettre en cause ce fragile équilibre, puisqu'elle réduit de façon alarmante l'accès aux soins et à l'aide internationale.

En effet, la reprise du conflit et la recrudescence de la violence menacent la sécurité des civils, entravent considérablement leur mouvement et réduisent l'accessibilité des acteurs humanitaires aux zones les plus reculées comme Kutum dans le Nord Darfur. L'aide internationale a fortement réduit son champ d'intervention : plus de 350 000 personnes du Darfour ne reçoivent déjà plus l'aide alimentaire du Programme Alimentaire Mondiale.

Cette situation a des conséquences désastreuses sur l'état de santé des populations bénéficiaires, comme le montrent certains indicateurs de santé. Ainsi, face à l'épidémie de choléra qui s'est déclarée en mai au camp de Kalma, Médecins du Monde a pris en charge dans son centre de traitement plus de 300 patients. Mais on constate aujourd'hui une recrudescence des cas et une majoration du taux de mortalité, notamment dans les zones les plus retranchées du camp, résultant des problèmes de sécurité qui dissuadent les patients de se déplacer jusqu'aux structures de soins ou retardent leur démarche jusqu'à atteindre un stade fatal. C'est ce qui s'est produit récemment pour deux enfants atteints du choléra, morts faute d'avoir été pris en charge immédiatement. L'épidémie de choléra s'est également répandue sur la ville d'Al fasher et sur les camps périphériques de personnes déplacés où à ce jour presque 200 cas ont été reportés.

Dans la région de Kass et du Djebel Mara, MdM a dû suspendre ses activités pour les mêmes raisons d'insécurité. L'épidémie de choléra s'est étendue à ces zones et touche désormais la population rurale auprès de laquelle nous ne pouvons plus intervenir.

Face à cette situation, nous appelons l'ensemble des acteurs de la communauté internationale à se mobiliser pour qu'une catastrophe humanitaire ne se reproduise pas au Darfour. Nous demandons que notre statut de travailleurs impartiaux, au service des populations civiles, soit respecté et protégé. Nous demandons enfin que tout soit fait pour assurer au plus vite la sécurité des civils, leur liberté de mouvement et leur accès aux besoins vitaux. Le temps presse. La saison des pluies qui empêchait l'engagement des forces armées s'achève et les combats reprennent déjà.

La communauté internationale a le devoir d'assurer pleinement la protection des populations civiles.