"Guerre tranquille" entre Tchad et Soudan, liée au Darfour (émissaire US)

Afp

Le Monde, 20 Janvier 2007

L'instabilité au Darfour est à l'origine d'une "guerre tranquille" entre le Tchad et le Soudan, a estimé samedi l'envoyé spécial américain pour le Darfour, Andrew Natsios, ajoutant que seule une solution négociée permettrait de faire cesser la guerre dans l'ouest du Soudan.

"Il y a une +guerre tranquille+ entre le Tchad et le Soudan, qui est liée à l'instabilité du Darfour", a déclaré M. Natsios lors d'une conférence de presse à N'Djamena où il a rencontré vendredi soir le président tchadien Idriss Deby.

L'émissaire américain, qui avait rencontré le président soudanais Omar el-Béchir en décembre à Khartoum, a indiqué avoir demandé aux autorités soudanaises "d'arrêter de soutenir les rebelles tchadiens qui déstabilisent le Tchad et au gouvernement tchadien d'arrêter de soutenir les rebelles du Darfour".

"A moins que nous n'obtenions l'accord de deux gouvernements sur ce point, nous ne mettrons pas un terme à la guerre", a-t-il poursuivi.

M. Natsios a rencontré vendredi à Abéché, dans l'est du Tchad, les représentants des groupes rebelles non signataires de l'accord de paix paraphé en mai à Abuja par la seule faction majoritaire du Mouvement de libération du Soudan (SLM), et les a exhorté à adopter une position commune et de revenir à la table des négociations.

"Il n'y aura pas de solution militaire au conflit au Darfour. Le gouvernement soudanais ne pourra vaincre les rebelles et les rebelles ne vaincront pas le gouvernement soudanais. Le seul moyen de résoudre tout ça c'est la négociation", a-t-il affirmé.

"Je ne suis pas venu ici pour négocier un accord entre les parties au conflit, mais pour rencontrer les chefs rebelles (...) et les inciter à envisager un retour à la table des négociations de manière unie (...) ce qui nous semble être la seule manière pour qu'un accord de paix définitif soit signé et puisse être mis en oeuvre", a-t-il ajouté.

"Les (différents groupes) rebelles doivent avoir une position unifiée", a expliqué M. Natsios qui a dit avoir demandé à leurs chefs de "renoncer publiquement à changer le gouvernement par la force au Soudan".

Selon l'ONU, la guerre civile qui sévit au Darfour depuis février 2003 et ses conséquences ont fait quelque 200.000 victimes et deux millions de déplacés.

Le conflit a débordé dans l'est du Tchad, qui accueille 200.000 réfugiés soudanais, et dans le nord-est de la Centrafrique.

Jeudi, Andrew Natsios a discuté avec le président Deby du déploiement envisagé d'une force de l'ONU aux confins du Soudan, du Tchad et de la Centrafrique pour protéger les civils.

Alors que N'Djamena et Bangui ont donné leur accord, Khartoum s'est dit samedi pas opposé à un tel déploiement à l'intérieur du Tchad, si cette force ne pénètre pas au Soudan.