« Le monde reste encore silencieux »

Redaction

Desinfos.com, 05 Janvier 2007

Dans une opinion publiée dans le journal israélien Yediot Aharonot le 3 janvier dernier, Avner Shalev, Président du Mémorial de la Shoah de Jérusalem (Yad Vashem) s’indigne du silence qui entoure le génocide au Darfour.


« L’Holocauste du peuple juif a démontré la signification cruciale d’une réaction internationale opportune dès lors qu’une déclaration d’intention de commettre un génocide est prononcée » dit-il. « Durant l’Holocauste, le monde a mis du temps à réagir et la plupart n’a même pas réagi du tout à la nouvelle du meurtre de millions de Juifs. La réaction internationale n’est pas venue au moment de la déclaration d’intention ni durant sa mise en œuvre. Il semble que les Etats n’aient pas changé leur mode de fonctionnement aujourd’hui. Dans les années 90, le Rwanda a vécu un génocide qui a reçu peu d’attention internationale. Ces deux dernières années, de tels meurtres ont lieu au Soudan, dans la région du Darfour. »

Avner Shalev rappelle que Yad Vashem avait déjà appelé les sociétés civiles et les gouvernements des pays occidentaux à faire quelque chose. Mais rien ne s’est passé. L’ONU également a échoué à ce sujet. Shalev rappelle le discours d’adieu de Kofi Annan lors d’une session du Conseil de Sécurité : dans ce discours, le Secrétaire Général de l’ONU critiquait son organisation et s’en prenait à la Commission des Droits de l’Homme qui, disait-il, ne savait s’en prendre qu’à Israël quand une catastrophe humanitaire avait lieu au Darfour. « L’apathie déshonore les accords et les conventions que le monde a fait serment de tenir » dit-il, ne s’exonérant pas de cet échec.

« Il est trop tard pour sauver les milliers qui sont déjà morts » conclut-il, rappelant que des millions de Soudanais ont été exterminés [2 millions depuis 20 ans, et de 200.000 à 300.000 pour le seul Darfour depuis 2003]. « Mais il n’est pas trop tard pour sauver les milliers de personnes qui font face à un danger mortel. Peut-être alors sera-t-il possible de récupérer quelque chose des quelques restes de notre sens de la moralité »