Un groupe de réflexion demande des sanctions contre Khartoum

Agence France Presse

Agence France Presse, 12 Octobre 2006

Un groupe de réflexion demande des sanctions sévères envers le régime de Khartoum, seul moyen, selon lui, de sortir de l'impasse alors que la diplomatie internationale n'a pas réussi à faire cesser l'effusion de sang au Darfour (ouest du Soudan).
Dans un rapport publié jeudi, l'International Crisis Group (ICG) recommande aux États-Unis, aux Nations unies, à l'Union européenne et aux pays africains, l'adoption de ces sanctions, ensemble ou de manière unilatérale.

«Des mesures nouvelles et sévères sont nécessaires pour faire changer la politique de Khartoum», affirme l'ICG, soulignant que «la diplomatie de la patience et la confiance en la bonne foi» des autorités soudanaises avaient abouti à «un échec manifeste».

L'organisation non gouvernementale internationale, qui se présente comme indépendante, suggère d'imposer aux hauts responsables du Parti du congrès national du président soudanais Omar el-Béchir responsables d'atrocités au Darfour l'interdiction de voyager, et de geler leurs avoirs.

Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait également, selon l'ICG, ouvrir une enquête sur les avoirs du parti au pouvoir et les entreprises qui lui sont liées en vue de limiter le financement de milices pro-gouvernementales au Darfour.

L'ICG recommande aussi d'envisager des sanctions pétrolières contre le Soudan ainsi que la création d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de cette région de l'ouest du Soudan en proie à la guerre et à une grave crise humanitaire.

Depuis le début du conflit entre rebelles locaux et milices pro-gouvernementales en février 2003, au moins 200.000 personnes ont péri des effets de la famine, des combats ou de maladie, selon les Nations unies.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé le 31 août l'envoi d'une force d'environ 17.000 soldats et 3.000 policiers pour prendre la relève de la Mission de l'Union africaine (Amis) mal équipée et financée.

Mais le gouvernement soudanais s'oppose farouchement à ce déploiement, l'assimilant à une tentative occidentale de recoloniser le Soudan, et le mandat de l'Amis a été prolongé jusqu'au 31 décembre.

Depuis quelque temps, les cris d'alarme se multiplient pour dénoncer la situation dans la région.

Mardi, le président nigérian Olusegun Obasanjo a ainsi mis en garde contre un «génocide» tandis que le coordonnateur des affaires humanitaires des Nations Unies, Jan Egeland, a évoqué mercredi le «cauchemar» du Darfour.

«L'impasse sur le déploiement d'une force de maintien de la paix de l'ONU est une conséquence directe de l'échec de la communauté internationale qui (...) n'a pas réussi à appliquer des pressions diplomatiques et économiques sur le gouvernement du Soudan et ses hauts responsables», estime l'ICG dans son rapport de 19 pages.

Estimant que l'accord de paix signé en mai à Abuja par le gouvernement soudanais et la principale faction rebelle était «pratiquement mort», l'ICG juge nécessaire de trouver un nouveau cadre pour le processus de paix.

L'ONG souligne également que si la communauté internationale fait «généralement usage d'une réthorique ferme» à l'encontre du gouvernement soudanais, elle n'a «que rarement fait des pressions significatives» sur ce dernier. «Cela a conduit l'élite au pouvoir au Soudan à croire qu'elle pouvait agir quasiment en toute impunité au Darfour», ajoute le rapport.

Basé à Bruxelles, l'ICG est une ONG financée par des agences gouvernementales et des associations caritatives ainsi que des sociétés et des particuliers. Son président est l'ancien ministre australien des Affaires étrangères Gareth Evans.