Une mission pour sauver l'honneur

Redaction

Le Courrier, Quotidien Suisse, 14 Décembre 2006

Péniblement décidée, hier, par le Conseil des droits humains, l'envoi d'une mission d'enquête au Darfour ne masque pas l'impuissance internationale.
Malgré tous les discours outrés entendus à Genève, aucun pays n'est prêt à mettre les moyens pour protéger la population de l'Ouest soudanais. C'est pourtant de cela dont le Darfour a désespérément besoin. Les faits, eux, sont établis de longue date et, à ce rythme, le nettoyage ethnique des populations africaines sera bientôt achevé.
Décrété il y a plus de quatre mois, le déploiement de casques bleus reste un voeu pieu. Khartoum s'y oppose obstinément. «Au cours des six dernières semaines, plusieurs centaines de civils ont été tués et plus de 80000personnes ont été obligées de fuir leurs maisons », a rappelé Louise Arbour, la haut commissaire aux droits humains. Et ce ne sont pas les 7000observateurs de l'Union africaine –répartis sur un territoire grand comme la France– qui ont empêché quoi que ce soit.
A titre de comparaison, après la guerre du Liban cet été, les Occidentaux ont rapidement mis à disposition les contingents nécessaires à la force d'interposition sur la frontière avec Israël.
Autre continent, autres intérêts stratégiques, en Afrique, la barre de l'action est placée beaucoup plus haut. Les 200000morts du Darfour n'ont pas fait bouger la communauté internationale. Faut-il s'en étonner, alors que le conflit au Sud Soudan a continué pendant vingt ans et s'est soldé par deux millions de victimes.
«A juger par ce qui se passe au Darfour, notre performance ne s'est pas améliorée depuis les désastres de Bosnie et du Rwanda», vient d'admettre Kofi Annan. Un terrible désaveu pour le secrétaire général sortant, qui, au moment du génocide rwandais, dirigeait les opérations de maintien de la paix.
Parvenu à la tête de l'ONU, le diplomate ghanéen a tenté d'imposer le principe de l'intervention humanitaire. La souveraineté des Etats ne devait plus servir de paravent ou d'excuse en cas de crimes contre l'humanité.
Mais le fiasco de l'aventure irakienne –censée «libérer le peuple irakien»– et celui de plus en plus évident de l'occupation de l'Afghanistan font une très mauvaise publicité à la «doctrine Annan». A la tribune du Conseil des droits humains, l'ambassadeur soudanais a eu beau jeu de brocarder «les colonisateurs du passé» qui «se cachent derrière les nobles slogans de l'action commune».
Le discours fait mouche auprès de ceux –nombreux– qui sont excédés par l'indignation sélective des pays développés. Hier, les diplomates africains et arabes sont parvenus à ce que Khartoum soit ménagé, en échange de la mission d'enquête. Les Occidentaux sont soulagés du consensus: la crédibilité du Conseil des droits humains est sauve. Mais qui sauvera la population du Darfour?