Position équivoque

Redaction

Afrique Centrale Info, 24 Décembre 2006

Le Soudan a dit oui à une opération de paix de l’ONU et de l’Union africaine (UA) au Darfour mais sans accepter clairement des Casques bleus sur le terrain exigés par la communauté internationale.

Cette position équivoque est contenue dans la réponse communiquée samedi à un envoyé de l’ONU, le Mauritanien Ahmadou Ould Abdallah, venu à Khartoum avec une requête du secrétaire général sortant de l’oganisation Kofi Annan sur une force conjointe dans la région de l’ouest du Soudan en guerre civile.

"On ne peut dévoiler la teneur (exacte) de la réponse avant qu’elle n’atteigne son destinataire qui est M. Annan", a déclaré le chef du département de la paix au ministère des Affaires étrangères, Sadek al-Mulki.

Mais il a ajouté que "la réponse du gouvernement est une réponse favorable qui est de nature à préparer le terrain, à travers le soutien de l’ONU à la Force africaine, à une solution au conflit du Darfour".

M. Mulki n’a toutefois pas indiqué clairement si la réponse soudanaise comporte une acceptation du déploiement de Casques bleus, au nombre de 20.000, sur le terrain comme l’exigent notamment les Etats-Unis.

Certains responsables, cités par la presse, ont répété que le Soudan ne voulait qu’un soutien logistique de l’ONU à la Force africaine (Amis,) composée de 7.000 hommes, jugée inefficace car mal équipée et sous-financée.

Ainsi, le ministre d’Etat aux Affaires étrangères Simmani al-Wassila, a affirmé au quotidien Akhbar al-Yom que le troisième volet du soutien logistique à l’Amis ne prévoyait que 150 à 200 Casques bleus, dont la mission se limiterait à conseiller les soldats africains.

M. Annan tente d’obtenir un progrès sur ce dossier, avant de quitter ses fonctions début 2007, pour favoriser une solution au Darfour où la guerre et ses conséquences ont fait 200.000 victimes et 2 millions de déplacés en près de quatre ans, des chiffres contestés par Khartoum.

Il avait dit récemment attendre un accord du Soudan sur la force conjointe samedi, tout en restant prudent. Il avait alors déclaré qu’"après tant de déceptions, je ne considère pas encore cela comme une chose faite".

M. Annan a aussi espéré un cessez-le-feu total au Darfour, ce à quoi les autorités soudanaises ont répondu samedi en affirmant qu’elles n’étaient pas responsables des violences mais que ce sont les rebelles, non signataires de l’accord de paix d’Abuja en mai dernier, qui multiplient les attaques.

Et à propos de rebelles, M. Mulki a espéré un effort conjoint de l’ONU et de l’UA pour les convaincre de s’asseoir à la table des négociations.

Il a déclaré à ce propos que les émissaires de l’UA et de l’ONU sur la Darfour, respectivement Salem Ahmed Salem et Jan Eliasson, ancien ministre suédois des Affaires étrangères, étaient appelés à parvenir à "une même analyse sur les moyens de résoudre le conflit du Darfour et entament, dans les plus brefs délais, une médiation entre le gouvernement soudanais et les parties non-signataires de l’accord de paix".

Les milieux politiques soudanais évoquent depuis des mois de nombreuses médiations, dont celles menées par l’Eryhtrée, pour convaincre les rebelles de jeter les armes et de négocier, mais rien ne s’est matérialisé jusqu’ici.

Entre-temps, la violence n’a jamais cessé sur le terrain où samedi encore un policier a été tué et trois blessés dans une attaque armée attribuée à des "éléments non-identifiés" à Al-Facher, capitale du Darfour nord.