L'aviation éthiopienne frappe des aéroports en Somalie

Redaction

L'express, 25 Décembre 2006

Des chasseurs éthiopiens ont attaqué lundi deux aéroports tenus par le camp islamiste en Somalie, signe de l'aggravation d'un conflit qui menace d'embraser la Corne de l'Afrique, ont rapporté des témoins.

Quelques heures avant ces attaques - dont l'une a visé la capitale, Mogadiscio -, l'Ethiopie s'était officiellement déclarée en guerre contre un mouvement dirigé selon elle par des terroristes.

Des combats ont fait rage pour la septième journée consécutive près de Daynunay, non loin de Baïdoa où siège le gouvernement de transition somalien. Selon des témoins, des blessés éthiopiens ont été évacués par camions et des soldats islamistes récitent le Coran en montant au front.

Un chasseur MiG a ouvert le feu sur l'aéroport international de Mogadiscio peu après l'aube, a déclaré par téléphone à Reuters Abdirahim Adan, son directeur général.

Trois chasseurs ont par la suite attaqué la plus grande base aérienne de l'armée somalienne à Baledogle, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Mogadiscio. "Ils visent la piste", a déclaré un combattant islamiste sous le sceau de l'anonymat. "Je le vois d'ici."

"MOUDJAHIDINE" CONTRE "CROISÉS" ETHIOPIENS

Une semaine d'intenses combats entre les islamistes et les forces du gouvernement transitoire, soutenues par l'Ethiopie et Washington, ont transformé en guerre ce qui était encore un conflit larvé. Selon des experts, l'Ethiopie semble avoir stoppé l'offensive islamiste initiale et sauvé ainsi le gouvernement retranché à Baïdoa.

Le site internet de l'Union des tribunaux islamiques de Somalie a salué les "moudjahidine" qui, dit-il, scandent des sourates du Coran en allant au-devant des "croisés" éthiopiens, militairement supérieurs.

Addis-Abeba et Washington considèrent les islamistes, qui ont pris le contrôle de la majeure partie du sud de la Somalie après s'être imposés à Mogadiscio en juin, comme des terroristes soutenus par l'Erythrée, ennemie de l'Ethiopie, et par Al Qaïda.

L'Ethiopie a promis de protéger le gouvernement somalien, encerclé par des combattants islamistes à Baïdoa, à mi-chemin entre Mogadiscio et la frontière éthiopienne.

Un porte-parole du gouvernement somalien a déclaré que ce dernier avait approuvé le recours par l'Ethiopie à ses forces aériennes. "Tous les sites utilisés par les terroristes pour importer des armes et des munitions méritent d'être frappés", a dit Abdirahman Dinari.

Le gouvernement a annoncé par ailleurs avoir fermé toutes ses frontières, mesure surtout symbolique étant donné son impuissance au-delà de Baïdoa.

FERMETURE DES FRONTIÈRES

L'Ethiopie a expliqué avoir attaqué l'aéroport international de Mogadiscio pour empêcher d'éventuels "vols illégaux" après la fermeture des frontières.

"Nous avons aussi entendu que certains des extrémistes attendaient d'être évacués par voie aérienne de Mogadiscio", a déclaré un porte-parole du gouvernement éthiopien.

Plusieurs organisations humanitaires qui peinent à distribuer de l'aide à un million de Somaliens affectés par le conflit et par plusieurs semaines d'inondations, ont dit ne pas avoir été informées de la fermeture des frontières.

Les islamistes, accusant l'Ethiopie de viser des civils, ont réitéré leur menace d'attaquer sa capitale. "Nous frapperons Addis-Abeba comme vous frappez Mogadiscio", a déclaré un porte-parole de l'UTI, Abdirahman Ali Mudey.

Le Premier ministre du gouvernement transitoire, Ali Mohamed Gedi, a déclaré à Reuters que 8.000 combattants étrangers étaient venus en Somalie pour renforcer les rangs de l'UTI.

Les deux camps disent tué avoir des centaines d'ennemis mais aucun bilan n'a pu être vérifié de source indépendante.

Des habitants de Baladwayne ont déclaré que des soldats éthiopiens avaient pris la ville aux islamistes lundi après une journée de bombardements. Un peu plus au sud, des habitants de Baïdoa ont vu des camions de l'armée éthiopienne acheminer des blessés vers l'aéroport.

"Je vois sept gros camions transportant des soldats éthiopiens blessés, allongés sur des matelas couverts de sang", a déclaré Abdullahi Hassan, chauffeur de taxi contacté au téléphone par Reuters.

Les islamistes, qui revendiquent un large soutien public, disent vouloir rétablir l'ordre et la charia (loi islamique) en Somalie.