Les réfugiés soudanais au Tchad supplient l'Onu de les protéger

Redaction

L'express, 22 Décembre 2006

Plusieurs milliers d'habitants du Darfour réfugiés au Tchad ont demandé à un haut responsable de l'Onu, Antonio Guterres, de les faire transférer ailleurs ou, au moins, de les protéger de raids transfrontaliers qui ont déjà fait des centaines de morts.

Le Haut commissaire de l'Onu chargé des réfugiés s'est rendu dans le camp de réfugiés de Goz Amer, non loin de la frontière avec le Darfour, où des groupes d'Arabes ont attaqué deux villages le mois dernier, tuant des réfugiés soudanais et des civils tchadiens.

"Quand on voit ces villages, incendiés la semaine dernière et où 40 personnes ont été tuées, et quand on voit 90.000 Tchadiens déplacés, on comprend l'énorme problème de sécurité qui se pose", a déclaré Guterres, faisant référence au nombre total de personnes jetées sur les routes par la violence au cours de l'année passée.

"La communauté internationale a la lourde responsabilité de créer un espace humanitaire afin que l'on puisse continuer à travailler. Ne rien faire serait inacceptable."

L'est du Tchad est frontalier du Darfour, région de l'ouest du Soudan où un conflit ethnico-politique a fait des dizaines de milliers de morts depuis 2003, menaçant en outre d'affecter les pays voisins.

Quelque 70 villages du sud-est du Tchad ont été attaqués depuis le début du mois de novembre par des cavaliers armés se comportant comme les miliciens "Djandjaouids" impliqués dans le conflit au Darfour, selon le Haut commissariat aux réfugiés de l'Onu. D'après le HCR, les dernières violences ont tué environ 300 Tchadiens.

"SÉCURITÉ OU TRANSFERT"

Le gouvernement tchadien a affirmé que les assaillants avaient arraché les yeux de certains soldats et étripé un civil lors des dernières attaques, que des responsables ont imputées aux Djandjaouids.

Terrifiés à l'idée de subir de nouvelles violences, des réfugiés s'étaient alignés au bord de la route menant au camp de Goz Amer, qui abrite environ 18.000 civils du Darfour, et ont scandé "sécurité ou transfert" quand Guterres est arrivé.

"S'il vous plaît, faites-nous vite partir d'ici", pouvait-on lire sur un panneau.

Guterres a également rencontré des Tchadiens déplacés à Habile, un camp de fortune abritant 9.000 personnes dont plus de la moitié ont été chassées de chez elles au cours des deux derniers mois.

"Si vous ne pouvez pas assurer notre sécurité, vous devez nous transférer hors d'ici", a déclaré un chef de village à Guterres, selon un communiqué du HCR. "Nous sommes pauvres et nous n'avons pas les moyens de nous défendre."

Guterres a rencontré jeudi le président tchadien Idriss Déby et étudie une proposition des autorités tchadiennes consistant à déplacer les camps de réfugiés à 500km de là, pour les éloigner de la frontière soudanaise.

"Transférer les réfugiés plus loin de la frontière pourrait améliorer la sécurité, mais cela nécessite aussi un environnement et des infrastructures appropriés pour accueillir plus de 200.000 personnes", explique le HCR dans son communiqué.

L'agence précise que les Nations unies et des experts du gouvernement tchadien préparent un rapport sur cette proposition. Le HCR a déclaré par ailleurs qu'il soutenait les appels à un renforcement de la sécurité pour les réfugiés et les civils tchadiens dans l'est du Tchad.

Le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan s'emploie à obtenir le feu vert de Khartoum pour le déploiement au Darfour d'une force de paix "hybride" composée de soldats et de moyens de l'Onu, et de militaires de l'Union africaine déjà sur place.

Le Soudan refuse la présence d'une telle force sur son sol, la jugeant néocolonialiste.