ONU - SOUDAN : Les femmes souffrent de troubles mentaux au Darfour

Redaction

Irindépartement D’informations Humanitaires Des Nations Unies , 22 Décembre 2006

Beaucoup de femmes déplacées dans le Sud Darfour, à l’ouest du Soudan, souffrent de dépression et nourrissent des pensées suicidaires car les programmes de prise en charge des populations déplacées ne couvrent généralement pas les problèmes de santé mentale, selon les résultats d’une étude menée par International Medical Corps (IMC).

Solomon Kebede, directeur-pays de l’IMC au Darfour, a indiqué vendredi dernier à IRIN que l’organisation humanitaire internationale avait effectué une étude de terrain en 2004.

« Nous sommes à la recherche de financements pour pouvoir reconduire [cette étude] car à l’heure actuelle, la situation est encore plus catastrophique qu’à l’époque », a-t-il souligné.

L’étude a été conduite auprès de 1 283 femmes et les résultats ont révélé qu’un tiers des participantes présentait des troubles dépressifs majeurs et que deux tiers d’entre elles présentaient les symptômes de la dépression. Une femme interrogée sur vingt avait des pensées suicidaires et deux pour cent ont confié avoir déjà tenté de mettre fin à leurs jours. Les auteurs de l’étude ont rappelé que ces chiffres étaient au-dessus des normes internationales.

« L’aide humanitaire est parvenue à satisfaire certains des besoins de base, mais la santé physique et mentale des femmes demeure largement négligée », a affirmé l’IMC.

« Bien que les chiffres concernant le nombre de suicides commis soient inférieurs à ceux enregistrés au sein des populations affectées par les conflits, ils restent très inquiétants et bien supérieurs à la moyenne mondiale. Ces chiffres prouvent que les femmes souffrant de maladies mentales ne sont pas suffisamment prises en charge dans le Sud Darfour », a ajouté l’organisation.

Selon l’IMC, il n’existe aucun programme de santé mentale destiné aux déplacés du Darfour, seules quelques organisations non gouvernementales (ONG) proposent des services dans ce domaine.

« Le taux de prévalence de la dépression et du suicide représente est un très lourd poids pour les systèmes de santé mentale du monde entier et représente un défi de taille pour les agences humanitaires présentes au Soudan », a signalé l’étude.

Toujours d’après les résultats de l’étude de l’IMC, la santé mentale des femmes est négligée de façon générale. Ainsi, les taux de grossesse sont élevés, les services de planning familial et de soins prénatals font défaut et de nombreuses femmes continuent d’accoucher sans l’assistance de personnes qualifiées.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans beaucoup de populations sous-desservies, les femmes ont des besoins considérables dans le domaine de la santé mentale et les responsabilités multiples qui sont les leurs les exposent plus que d’autres à des problèmes mentaux.

La prévalence de l’anxiété et de la dépression est plus élevée chez les femmes que chez les hommes. En outre, les femmes sont plus exposées à la violence sexuelle et domestique ainsi qu’à la consommation excessive d’alcool et de drogues que la gente masculine.

Au moins 200 000 personnes ont été tuées au Darfour depuis le début du conflit en 2003 entre les forces du gouvernement, les milices alliées et les rebelles qui revendiquent une plus grande autonomie. En outre, les affrontements ont fait plus de deux millions de déplacés à l’intérieur du Soudan ou au Tchad voisin. Depuis le mois de mai dernier, douze travailleurs humanitaires ont trouvé la mort.

La Cour pénale internationale (CPI) est sur le point de terminer une enquête sur les personnes qui semblent porter la responsabilité des pires crimes commis au Darfour.

Jeudi dernier, le procureur de la CPI, Louis Moreno Ocampo, a déclaré au Conseil de sécurité des Nations Unies que les preuves qui avaient été jusqu’alors rassemblées permettaient d’avancer que certaines personnes étaient responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et avaient notamment perpétré des meurtres, des massacres et des viols, des actes de torture et des attaques contre la population civile.

Des exactions et des viols continuent à être régulièrement commis sur les femmes au Darfour, auxquels viennent s’ajouter des attaques contre des travailleurs humanitaires et des soldats de maintien de la paix, a-t-il signalé. Les attaques contre des travailleurs humanitaires sont interdites par le droit humanitaire international et constituent un crime de guerre entrant dans la compétence de la Cour, a rappelé le Procureur.

Les résultats de l’enquête menée par l’IMC ont été publiés en décembre sur la version électronique de l’American Journal of Public Health et paraîtront dans la version papier du journal en janvier prochain.