Projets de résolution de l'ONU

Afp

France 24, 12 Décembre 2006

Le Conseil a commencé à débattre mardi matin à Genève de deux projets de résolution, l'un élaboré par l'Union européenne, l'autre par le groupe africain. Il doit ainsi faire la preuve de sa capacité à surmonter la fracture nord-sud.
Parlant pour les autorités de Khartoum, le vice-gouverneur du Darfour-sud, Mustafa Farah, a accusé de "mensonge" ceux qui, comme la Haut commissaire aux droits de l'homme Louise Arbour, dénoncent les violations des droits de l'homme commises au Darfour.

Le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a mis tout son poids dans le débat en appelant le Conseil à "ne pas perdre de temps pour envoyer une équipe d'experts indépendants et universellement respectés". Il faut "demander des comptes aux responsables des nombreux crimes déjà commis", a-t-il dit dans un message adressé au Conseil à l'ouverture de la session.

Rappelant que la guerre civile et ses conséquences ont fait 200.000 morts et ont jeté plus de deux millions de personnes sur les routes, Mme Arbour a dressé un véritable réquisitoire contre les violations commises au Darfour par les forces gouvernementales soudanaises et leurs milices supplétives, tout en reconnaissant que les rebelles et des bandes de brigands commettaient également des atrocités.

Les dénégations indignées du représentant soudanais ont mené la plupart des orateurs à reconnaître le caractère "contradictoire" des informations en provenance du terrain.

"La bonne nouvelle, c'est que nous sommes tous d'accord pour envoyer une mission sur le terrain; la mauvaise nouvelle c'est que nous ne sommes pas d'accord sur sa composition", a résumé le représentant du Ghana, M. Kwabena Baah-Duodu.
L'Union européenne, soutenue notamment par les Etats-Unis qui ne font pas partie du conseil, veut des garanties que les atrocités commises au Darfour ne jouiront d'aucune impunité. Le texte demande à cet effet une "mission d'évaluation qui aurait à sa tête le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Soudan".

Le projet du groupe africain propose d'envoyer au Darfour, à l'invitation du gouvernement soudanais, une mission de membres du Conseil des droits de l'homme (désignés par les gouvernements des Etats membres), sous la conduite de son président.

Pour l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), cette session extraordinaire sera une "farce" si c'est la résolution présentée par l'Algérie au nom du groupe africain qui l'emporte.

Pour HRW, il est impératif que la mission "soit composée d'experts pour être fiable". "Une mission composée de représentants de gouvernements aurait inévitablement une dimension politique", a fait valoir la représentante de HRW, Mariette Grange.
L'ambassadeur de la Suisse auprès de l'ONU, Blaise Godet, a fait remarquer que les trois précédentes sessions extraordinaires sur le conflit israélo-arabe avaient décidé l'envoi de missions d'experts indépendants. "La Suisse ne comprend pas pourquoi ces modalités ne conviendraient pas pour le Darfour", a-t-il remarqué.
Le débat a été suspendu en fin de matinée et devait reprendre à 15H00 locales (14H00 GMT).