L'ONU dénonce la complicité de Khartoum dans des attaques au Darfour

Agence France Presse

Agence France Presse, 10 Octobre 2006

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme a dénoncé dans un rapport, lundi 9 octobre, la complicité du gouvernement soudanais dans une attaque au Darfour qui avait fait, fin août, des centaines de morts. Le haut commissaire de l'ONU, Louise Harbour, qui a diligenté l'enquête, estime que Khartoum était "presque certainement au courant, voire complice" de cette attaque "massive" contre des civils autour de la ville de Bouram, située dans le sud du Darfour. Elle juge que cette attaque visait à "changer complètement l'équilibre ethnique" de la zone. Le rapport indique que le gouvernement soudanais aurait délibérément cherché à chasser la population africaine, dans le but de faire de la zone une région "appartenant entièrement aux tribus arabes". Plus de 10 000 personnes ont été déplacées à la suite de cette attaque.


NETTOYAGE ETHNIQUE

Cette région située dans le sud du Darfour, aujourd'hui déserte, était peuplée par des tribus africaines réparties dans une quarantaine de villages de la zone. En recueillant les témoignages des survivants, le Haut Commissariat a pu établir le déroulement de l'attaque, menée par 300 à 1 000 miliciens arabes appartenant au groupe armé Habbania, soutenu par Khartoum. Equipés d'armes automatiques montées sur des véhicules, les miliciens auraient ouvert le feu sur la population, tuant tous les villageois qui avaient trouvé refuge à l'intérieur des maisons, avant de mettre systématiquement le feu aux habitations."Tous les biens, y compris les réserves de nourriture, ont été pillés. Les civils tentant de fuir le village étaient rattrapés pour être fusillés", détaille le rapport, qui explique qu'il n'y avait pourtant aucune preuve d'une quelconque activité rebelle dans la région.

Le gouvernement soudanais a démenti avoir collaboré à cette opération, assurant qu'il s'agissait d'un conflit tribal et d'une réaction à des attaques de rebelles en avril. Mais le haut commissaire Louise Arbour réclame une enquête indépendante sur cette attaque, et la poursuite des dirigeants soudanais impliqués dans celle-ci. Elle appelle également l'Union africaine à déployer au plus vite une force de maintien de la paix au Darfour, dans l'espoir de protéger les déplacés contre de nouvelles attaques. Les combats dans cette zone ont déjà fait plus de 200 000 morts, et selon l'agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), une grave crise alimentaire menace les deux millions de réfugiés.