Kofi Annan, SG Onu - “Le temps ne joue pas pour Gbagbo”

Redaction

Eburneanews, 15 Décembre 2006

Hier, Rfi a consacré une grande partie de son antenne à Kofi Annan, secrétaire général de l’Onu qui cédera définitivement son fauteuil le 1er janvier prochain au Sud-Coréen,

Ban Ki Moon. Faisant le bilan de la décennie du Ghanéen, Christophe Boisbouvier a abordé avec lui entre autre sujets les crises en Afrique. Ci-dessous de larges extraits de l’interview du successeur de Boutros Ghali accordée à la radio mondiale.

Depuis dix ans, vous ne dites plus jamais le Darfour, plus jamais le Rwanda. Pourtant le Darfour est arrivé et il n’y aura pas de casques bleus. Pourquoi ne sortez vous pas de votre langage diplomatique ? Pourquoi ne dénoncez vous pas le régime de Kartoum et des autres ?
J’ai fait beaucoup de déclarations, je ne sais pas si vous les avez suivies mais ce qui est important, ce n’est pas de faire seulement des déclarations mais plutôt de chercher des solutions. Nous sommes en train de faire des pressions énormes sur les communautés du Darfour mais ce sont les Soudanais qui ont refusé d’accepter les casques bleus. Le Conseil de sécurité a voté la résolution 1706 qui a autorisé le déploiement des troupes onusiennes mais nous n’avons pas eu l’accord du gouvernement soudanais. Cela veut dire que si les Soudanais n’arrivent pas à protéger leurs propres populations et refusent d’accepter une aide ou une assistance de la communauté internationale, ils vont être responsables individuellement et collectivement de ce qui se passe au Darfour.

Est-ce qu’en disant cela vous voulez dire qu’il faut voter des sanctions ou peut-être même envisager la création d’un tribunal pénal international pour le Soudan ?
Mais, il y a déjà une Cour internationale pénale qui existe. Je ne crois donc pas qu’il soit nécessaire de créer un autre tribunal. Ce qui est important c’est qu’il faut que les pays qui peuvent influencer la situation travaillent avec nous pour pousser le gouvernement soudanais à accepter les troupes onusiennes. Evidemment, quand on accepte ces troupes, on accepte même que la force ait un caractère africain principal d’action, mais l’Afrique seule ne peut pas le faire. C’est pour cela qu’il faut accepter qu’on déploie des troupes d’ailleurs, en dehors de l’Afrique, des troupes qui ont eu beaucoup d’expériences dans ce genre d’opérations.

Oui mais le Soudan continue de dire non, êtes-vous favorable à des sanctions contre les dignitaires de Khartoum ?
Si le Conseil de sécurité doit agir, il va agir. On a déjà proposé des sanctions. Il faut pousser les gens à agir.

Est-ce qu’il s’agit d’un génocide au Darfour ?
On avait envoyé une commission d’enquête sur place présidée par le juge italien Casisi.

Ils ont estimé qu’il y a de très graves violations du droit international mais ils n’ont pas dit qu’il s’agissait d’un génocide.

Qu’en pensez-vous vous-même ?
Ce n’est pas Kofi Annan qui décide. C’est une décision juridique.

A Genève, les membres du tout nouveau conseil des droits de l’homme de l’Onu se sont disputés, cette semaine, sur la question de savoir si les experts qui vont aller enquêter au Darfour seront indépendants ou pas. Finalement est ce qu’ils seront indépendants ?
C’est une grave crainte, pourtant j’ai parlé avec Mme Harbour hier ce matin. Evidemment, ils vont être choisis par le président du Conseil mais ils doivent être indépendants. Nous allons travailler avec le président du Conseil pour choisir des experts indépendants.

Depuis un mois, la justice française demande au Tribunal pénal international pour le Rwanda (Tpir) d’engager des poursuites contre le président Kagamé au sujet de l’attentat contre l’avion du général Habyarimana. Et de fait le mandat du Tpir couvre tous les crimes de guerre pour l’année 94. Que pensez-vous du refus de ce tribunal des Nations unies de se saisir ?
Je ne peux pas me mettre dans ce genre de décision prise par un tribunal indépendant. On doit donc accepter sa décision.

En 97, Mme Louise Harbour et vous-même avez chargé trois experts indépendants d’aller enquêter au Rwanda sur cet attentat et jusque là rien, puisque le rapport n’a jamais été publié. Pour quoi avez-vous enterrez cette enquête ?
Il faut en parler avec Mme Harbour, c’était elle le procureur.

Est-ce que ce n’est pas un sujet tabou ?
Ce n’est pas un sujet tabou. Mais, c’est Mme Harbour qui a envoyé des experts pour une enquête et non le secrétaire général de l’Onu et elle doit avoir une très bonne raison pour avoir demandé cette enquête. Mais, je ne me souviens pas de tous les détails.

La Côte d’Ivoire est dans l’impasse. Il y a un conflit entre le président et le Premier ministre de transition (…) Est-ce qu’il ne faut pas envisager des sanctions ?
Il y a toujours eu des sanctions contre certains leaders ivoiriens et je crois que le Conseil a imposé d’autres sanctions pour d’autres qui sont en train de bloquer le processus.

A qui pensez-vous en particulier ?
C’est au conseil de décider, je ne peux rien vous dire.

Quel est votre avis à ce sujet ?
Je suis pour les sanctions et je crois qu’il faut vraiment pousser les gens à agir. Les populations de Côte d’Ivoire souffrent.

Deux personnes des Forces nouvelles sont citées mais aussi deux personnes de l’entourage de Laurent Gbagbo, le président du Fpi et le président de l’Assemblée nationale. Le confirmez-vous ?
C’est une question qu’on évoque au Conseil de sécurité.

Depuis un an, depuis les manifestations des patriotes contre l’Onuci à Abidjan, le camp Laurent Gbagbo vous est ouvertement hostile. Il attend votre départ avec impatience, est-ce que le temps ne joue pas en faveur de Laurent Gbagbo ?
C’est possible qu’il croit que le temps joue pour lui, mais, je ne crois pas que le temps joue ni pour lui, ni pour la Côte d’Ivoire, ni pour la population. Un leader doit régulièrement penser à son peuple et à son pays. Je ne crois pas que ce délai est dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire et du président Gbagbo.