Darfour : les esprits s’échauffent

Michel BÜhrer Et Juan Gasparini

Info Sud, 13 Décembre 2006

La pression est montée mardi aux Conseil des droits de l’homme, à la veille d’une résolution sur le Darfour. Les parties prenantes ont tenu des propos parfois vifs, alors que les grandes ONG ont fait témoigner des ressortissants du Soudan.



Mardi en milieu de journée, trois grandes ONG ont organisé une rencontre avec des ressortissants du Darfour. Human Rights Watch, Amnesty International et la Fédération des Ligues des droits de l’homme voulaient ainsi faire entendre la voix des victimes au sein des Nations Unies, durant la session spéciale du Conseil des droits de l’homme consacrée à ce conflit.

La salle, comble, réunissait surtout des convaincus. L’opération faisait office de pare-feu devant les efforts déployés par la délégation soudanaise pour défendre sa position. Sous la présidence de Bertrand Ramcharan, qui fut Haut Commissaire par interim aux droits de l’homme, trois représentants du Darfour ont décrit la situation sur le terrain dans trois domaines: protection des femmes, justice, et immunité. Leurs témoignages comme les interventions dans la salle convergent: les faits sont connus depuis longtemps, il faut maintenant une action efficace pour protéger enfin les populations.

Le matin même, la délégation du Soudan avait fait une déclaration très virulente devant le Conseil, accusant "les colonisateurs du passé d’avoir troqué leurs habits et de se cacher derrière les nobles slogans de l’action internationale commune." Le Soudan reproche aussi, entre autres, aux divers observateurs de faire porter à son gouvernement la responsabilité des attaques contre les civils au lieu de dénoncer les milices. Il réserve des traits acerbes à la Haut Commissaire Louise Arbour, jugeant qu’elle avait adopté "une position politique et non-professionnelle", alignée sur "certains pays". En bref, il blâme les pays du Nord et les médias pour s’attaquer à une proie facile, un pays du Sud faible et démuni.

Louise Arbour persiste et signe

Louise Arbour, de son côté, n’a pas mâché ses mots. Elle a réitéré les accusations très précises déjà portées devant le Conseil dans son rapport du 29 novembre, citant notamment les attaques de civils par l’armée soudanaise, ses bombardements aériens, les entraves mises aux opérations humanitaires et l’impunité des auteurs de crimes.

L’après-midi a épuisé la liste des interventions des membres du Conseil, qui ont chacun à sa manière défendu la mission qui doit partir au Darfour, et dont la composition sera connue mercredi. Avant cela, les ONG auront pris la parole pour rappeler une fois encore qu’à leurs yeux, il est grand temps d’agir.