Au Darfour, le viol est une arme

Grégory Marin

L'humanité, 14 Décembre 2006

Le corps des femmes comme champ de bataille. Au Darfour, région du Soudan soumis à la guerre civile, de plus en plus de femmes sont violées, « principalement par les forces soudanaises et les milices qui les soutiennent », selon des militants qui s’exprimaient mardi en marge d’une session spéciale des Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Osman Hummaida, directeur de l’Organisation soudanaise contre la torture (SOT), se dit « particulièrement alarmé par le recours très répandu au viol et à d’autres formes de violences sexuelles comme une arme de guerre ». Selon lui, le - phénomène qui a été « systématiquement intensifié au cours des dernières semaines ».

Des « rapports quotidiens » arrivent des camps de réfugiés où « les femmes qui se risquent à l’extérieur pour aller chercher du bois ou de l’eau sont enlevées, agressées et violées », selon Osman Hummaida. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, débat de l’envoi d’une mission d’enquête au Darfour, où selon certaines estimations 200 000 personnes sont mortes en trois années de guerre. C’est un peu tard : selon le directeur de la SOT, l’impunité serait « institutionnalisée » pour les agents du gouvernement, à la fois par la législation - soudanaise et dans la pratique. Quant aux femmes, elles subissent une double humiliation : la loi permet de les inculper d’adultère ou de diffamation si elles ne parviennent pas à prouver le viol. Selon la charia en - vigueur dans le pays, elles risquent la lapidation ou cent coups de fouet.