Au Darfour, le viol érigé en arme de guerre selon les ONG

Reuters

L'express, 13 Décembre 2006

Des femmes et des jeunes filles sont violées en nombre croissant au Darfour, principalement par les forces soudanaises et les milices qui les soutiennent, ont dénoncé mardi soir des militants des droits de l'homme.

Les victimes, qui n'ont souvent pas accès aux soins et au conseil, peuvent être humiliées une seconde fois, la législation soudanaise permettant de les inculper d'adultère ou de diffamation si elles ne parviennent pas à prouver le viol, expliquent les militants des droits de l'homme.

Ils s'exprimaient lors d'un atelier sur le Darfour organisé en marge d'une session spéciale des Conseil des droits de l'homme des Nations unies sur le Darfour.

Le Conseil, établi en juin pour rendre l'Onu plus efficace en la matière, est en train de débattre de l'envoi d'une mission d'enquête au Darfour où, selon certaines estimations, 200.000 personnes sont mortes en trois années de violence.

"Nous sommes particulièrement alarmés par le recours très répandu au viol et à d'autres formes de violences sexuelles comme une arme de guerre au Darfour, un phénomène qui a été systématiquement intensifié au cours des dernières semaines", a déclaré Osman Hummaida, directeur de l'Organisation soudanaise contre la torture (SOT).

"Les femmes et les enfants ont un besoin urgent de protection dans les trois régions du Darfour. On a une communauté entièrement traumatisée", a déclaré Jane Lindrio Alao, une assistante sociale basée à Nyala, au Sud Darfour, qui conseille les victimes de viol depuis 2004.

Osma Hummaida a cité des "rapports quotidiens" en provenance des camps de réfugiés où les femmes qui se risquent à l'extérieur pour aller chercher du bois ou de l'eau sont "enlevées, agressées et violées". Les viols sont le fait de toutes les parties, y compris des groupes de rebelles, a-t-il précisé.

Il a souligné que l'impunité avait été "institutionnalisée" en la matière pour les agents du gouvernement à la fois par la législation soudanaise et dans la pratique.

Auparavant, le Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme Louise Arbour avait déclaré devant le Conseil des Droits de l'homme que la grande majorité des crimes restait impunie au Darfour.

Khartoum affirme que la situation des droits de l'homme au Darfour s'est améliorée depuis le traité de paix conclu cette année avec l'un des groupes rebelles. Le régime met les violations des droits de l'homme sur le compte des rebelles qui poursuivent le combat.

Le ministère soudanais de la justice a confirmé 39 cas de viol au Darfour entre janvier et juin 2006, a indiqué Hummaida. Mais selon l'Onu, une seule condamnation a été prononcée.

Cela constitue malgré tout une amélioration, a estimé Hummaida puisque auparavant, le gouvernement niait l'existence de viols.