Darfour, la guerre honteuse

Redaction

All Africa, 12 Décembre 2006

Ce conflit à connotation raciale décime depuis 2003 des populations civiles dans une relative indifférence.

Le Conseil des droits de l'homme de l'Onu consacre dès ce jour une session extraordinaire au Darfour où un conflit qui dure depuis trois ans a déjà fait plus de 200.000 morts et jeté sur les routes environ 2 millions de personnes déplacées, selon des chiffres des Nations Unies. La journée internationale des Droits de l'homme, célébrée dimanche dernier, a d'ailleurs été consacrée à cette région du Soudan avec une série de manifestations de solidarité dans plusieurs capitales.

La situation sur le terrain reste préoccupante. Samedi 9 décembre dernier, une nouvelle attaque dans la région a visé un bus transportant 34 personnes à 7 km de Sirba, non loin de la frontière avec le Tchad. 22 personnes ont été tuées et dix blessées, selon une dépêche de l'Afp.

La veille, le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, qui a dû sermonner les 47 Etats membres du Conseil des droits de l'homme pour qu'ils se décident à consacrer une session extraordinaire à la question des violations des droits de l'homme dans cette province de l'ouest du Soudan, a dénoncé "la passivité honteuse" de la Communauté internationale. Il a également rappelé que l'Onu s'est réservée la possibilité d'intervenir lorsqu'un pays manque à son devoir de protéger ses populations menacées de génocide ou de crimes contre l'humanité. "Comment une communauté internationale qui prétend défendre les droits de l'homme peut-elle permettre qu'une telle horreur continue ?" s'est-il interrogé.

S'inscrivant dans la même logique, le directeur d'Amnesty international pour la Belgique, dont les propos sont rapportés par la Rtbf, souligne pour sa part que "la communauté internationale semble extrêmement divisée et démunie par rapport à ce qui s'y [Ndlr Darfour] passe, non pas qu'elle manque d'outils pour réagir mais il n'y a pas la volonté politique commune d'agir et donc, on voit que les Nations Unies sont obligées de quitter le Darfour parce qu'ils ont peur pour leur personnel (...) on assiste, comme ça, quasiment en direct à des massacres, à des viols en série sans pouvoir véritablement réagir, ou en tout cas sans que la communauté internationale ne se donne les moyens de réagir", affirme-t-il.

Double jeu

La relative passivité de la communauté internationale, les Etats-Unis en tête, prompts à s'intéresser à des situations similaires, notamment en Irak, préoccupe le directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique en France, Marc Lavergne. A ce propos, il affirme, dans une interview au journal Le Figaro, que "C'est une question de volonté", soulignant notamment le double jeu de la communauté internationale qui "vote des résolutions qu'elle sait impossibles à appliquer." Par ailleurs, affirme le chercheur, le Soudan n'est pas un pays isolé, il a beaucoup d'amis, et peut compter au sein du Conseil de sécurité sur le soutien de la Chine et de la Russie. C'est l'une des raisons pour laquelle, soutient Marc Lavergne, aucune des résolutions prises depuis trois ans à l'encontre du Soudan n'a eu le moindre effet sur le terrain.

D'autres observateurs avertis du conflit du Darfour proposent de mettre le gouvernement de Khartoum au pied du mur, notamment, sur les questions clés du conflit. A savoir, l'application du cessez-le-feu, la protection des couloirs d'accès humanitaires, l'établissement d'une force Onu/Ua, le lancement d'une démilitarisation des groupes armés, l'ouverture d'un dialogue politique.

L'Union africaine (Ua) dispose peut-être d'une force de maintien de la paix de 7.000 hommes dans la région. Mais comme le fait remarquer Marc Lavergne, la motivation de la majorité des soldats est approximative, certains ne seraient même pas payés depuis trois mois.

En conséquence, la guerre civile déstabilise chaque jour un peu plus les États voisins du Soudan donnant au conflit une dimension de crise régionale. La Centrafrique et le Tchad se trouvent entraînés dans le conflit. François Bozizé, le président centrafricain, dénonçait récemment encore " une agression caractérisée " et accusait le Soudan de soutenir l'insurrection. Son collègue du Tchad, Idriss Déby, porte la même accusation et affirme que Khartoum est le parrain des groupes rebelles qui menacent l'Est du pays. Dans les colonnes du Monde diplomatique, Jean-Louis Peninou, réfute la thèse, très répandue, d'un conflit fondé sur des clivages ethno-confessionnels entre arabo-musulmans et négro-animistes, autrement dit "entre sauvages, que les Etats occidentaux, missionnaires de la paix et de la démocratie, auraient pour mission de stopper par tous les moyens".