Le Conseil des droits de l'homme s'inquiète du Darfour

Aude Marcovitch

Le Figaro, 12 Décembre 2006

Le nouvel organe des Nations unies tente d'améliorer son image controversée.

Comme à son habitude, Kofi Annan a usé d'une voix douce et calme pour s'adresser à son auditoire. Mais le message qu'il a récemment fait passer à Genève était assorti d'un sérieux avertissement à l'égard des membres du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. « Ce n'est qu'en vous montrant rigoureux et courageux que vous pourrez éviter de décevoir les nombreuses personnes qui se tournent vers les Nations unies pour y trouver un soutien dans la lutte pour les droits de l'homme », a-t-il dit. Depuis sa création en juin, le nouvel organe onusien a en effet tenu trois sessions spéciales, toutes consacrées au conflit israélo-arabe. Pour le secrétaire général, il était temps que les 47 États membres du Conseil élargissent leur horizon. La session spéciale sur le Darfour, aujourd'hui, vise non seulement à rappeler au Soudan que la société internationale se préoccupe de la situation, mais aussi à améliorer le lustre d'un Conseil des droits de l'homme peu convaincant.

Intérêts divergents

La réunion doit aboutir à l'envoi d'une mission d'évaluation sur le terrain. Mais les membres du Conseil doivent trancher entre deux résolutions portées par des groupes aux intérêts divergents : celle présentée par la Finlande, présidente en exercice de l'UE, l'autre par l'Algérie, au nom du groupe africain. La composition de la mission est le point de friction : experts indépendants pour les uns, représentants d'États membres du Conseil des droits de l'homme pour les seconds.

« Nous voulons une réelle évaluation de la situation sur le terrain, vu que le Soudan affirme que les informations produites jusqu'ici par les observateurs envoyés ne sont pas correctes », explique l'ambassadeur de Finlande, Vesa Himanen.

Alors que l'ONU estime à 200 000 le nombre de personnes tuées depuis 2003, un représentant soudanais récemment venu à Genève, Mustafa Farah, a qualifié ces données de « fallacieuses », en admettant un chiffre de seulement « 9 000 morts ».