L'Onu craint des "centaines de morts" au Darfour

Reuters

Reuters, 09 Octobre 2006

Le Haut commissariat aux droits de l'homme de l'Onu a déclaré que "plusieurs centaines" de civils, soit bien plus qu'on ne le pensait, avaient peut-être péri dans une attaque menée fin août par des miliciens dans le sud du Darfour.

Le cabinet de Louise Arbour, haut commissaire aux droits de l'homme, qui a appelé à l'ouverture d'une enquête indépendante sur ces événements, a déclaré que cette attaque contre des tribus d'origine "africaine" de la région de Buram semblait avoir été menée "à la connaissance et avec le soutien matériel" des autorités soudanaises.

"Le (Haut commissariat) (...) exhorte le gouvernement du Soudan à ordonner une enquête indépendante sur les récentes attaques perpétrées par des milices qui pourraient avoir fait des centaines de morts parmi les civils dans le sud du Darfour", a-t-il annoncé dans un communiqué.

Au début du mois dernier, le cabinet de Louise Arbour avait estimé à 38 le nombre de morts survenues pendant ces raids qui ont débuté le 28 août et duré plusieurs jours. Selon l'Onu, de nombreux habitants des 45 villages visés, abritant au total une population de 10.000 personnes, avaient dû fuir leurs maisons.

Le Haut commissariat a revu ce chiffre à la hausse dans son dernier rapport sur la situation au Darfour, rédigé en collaboration avec la Mission d'assistance des Nations unies au Soudan, et basé sur des témoignages de survivants, entre autres sources.

"Le rapport (...) affirme que ces attaques à grande échelle ont provoqué des déplacements chaotiques, des séparations dans les familles et de nombreuses disparitions d'enfants", poursuit le communiqué.

PLUSIEURS RAIDS SUCCESSIFS

Ces attaques ont été menées par 300 à 1.000 hommes armés de la tribu "arabe" des Habbania. D'autres attaques menées par la suite par une autre tribu alliée au gouvernement, celle des Fallata, ont dispersé un peu plus ces populations, compliquant l'aide humanitaire, souligne le Haut commissariat.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes pourraient avoir trouvé la mort au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie depuis 2003 à un conflit particulièrement meurtrier pour les civils. Plus de deux millions de personnes ont été chassées de chez elles par ces violences.

Des groupes rebelles, dont l'un a signé depuis un accord de paix avec le gouvernement, accusent Khartoum de soutenir des tribus de nomades arabes et les milices Djandjaouids qui leur sont alliées.

En l'absence d'accord de Khartoum pour le déploiement d'une véritable force de l'Onu au Darfour, les Nations unies vont fournir environ 200 civils et soldats pour renforcer la mission de maintien de la paix de l'Union africaine déjà sur place, selon une lettre adressée par l'Onu et l'UA au président soudanais Omar Hassan al Bachir, consultée lundi par Reuters.

"Le personnel de l'Onu déployé au Darfour (...) sera entièrement affecté au soutien à la mission de l'Union africaine et opèrera sous le contrôle opérationnel (de l'UA)", peut-on y lire.

Khartoum a rejeté une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu autorisant la reprise par l'Onu de la mission de l'UA au Darfour, qui manque de moyens pour contrer les violences.

"Il est entendu que ce soutien sera mené en toute transparence et avec l'entière coopération du gouvernement du Soudan", précise la lettre.

Le Soudan a salué cette initiative, qui semble destinée à sortir de l'impasse diplomatique créée par son refus catégorique de voir déployée sur son territoire une mission sous commandement de l'Onu