Mobilisation contre le viol au Darfour

Redaction

All Africa, 11 Décembre 2006

Des personnalités lancent un appel pour stopper le viol des femmes victimes du conflit qui oppose le gouvernement d'Omar el Béchir aux rebelles de l'ouest du Soudan.

Plusieurs personnalités féminines du monde ont appelé samedi 09 décembre 2006 la communauté internationale à déployer une force de maintien de la paix robuste au Darfour. Celle-ci devrait avoir pour mission principale la protection des femmes victimes de viols. Pour soutenir cette idée, des manifestions ont eu lieu dans plus de 40 pays. En France, l'événement s'est déroulé hier après-midi à la place Simone De Beauvoir.

Dans une correspondance à l'occasion de la Journée internationale pour le Darfour – elle se célèbre généralement le 17 septembre – ces femmes déclarent que le viol et les violences sexuelles sont " utilisés quotidiennement comme des armes de guerre " dans cette région du Soudan. La lettre est signée, entre autres, par la commissaire de l'Onu aux droits de l'homme Mary Robinson, l'écrivain soudanaise Fatima Babiker Mahmoud, l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, l'ancienne Premier ministre française Edith Cresson, et la défenseur des droits de l'enfant Graca Machel.

En 2004, Amnesty international avait déjà dressé un rapport sur ce viol des femmes. On chiffre à 200.000 le nombre de femmes mortes et à 2,5 millions celles qui ont été déplacées à cause du conflit qui oppose, depuis 2003, le gouvernement d'Omar El Bechir aux " rebelles " du Darfour. Les milices Janjawid (progouvernementale) ainsi que les soldats de l'armée soudanaise sont les auteurs de ces crimes.

Violées et marquées au fer

Une femme de trente-sept ans, originaire de Mukjar, raconte à Amnesty International : "J'ai vu plusieurs fois des Janjawid violer des femmes et des jeunes filles. Ils sont contents quand ils violent. Ils chantent et ils disent que nous ne sommes que des esclaves…" Cela se passe généralement en public. "Ils ont violé M., quatorze ans, sur la place du marché, en menaçant d'abattre les témoins s'ils essayaient d'intervenir. Ils ont aussi violé d'autres jeunes filles dans la brousse", révèle une femme Zaghawa de vingt-huit ans. Par ailleurs, témoigne un autre habitant de la zone, "une jeune fille de dix-sept ans a été violée par six hommes devant sa mère."

Selon certaines informations, les femmes victimes de ces viols collectifs auraient été marquées au fer. Les femmes enceintes n'ont pas été épargnées. En cas de résistance, les militaires et les Janjawid n'hésitent pas à tuer la femme ou à lui casser une jambe. "Ma sœur, quarante-trois ans, a résisté et je l'ai entendue crier : 'Je ne le ferai pas, même si vous me tuez !' et ils l'ont immédiatement tuée", rapporte un homme Zaghawa.

Quand les Janjawid opèrent à l'intérieur des maisons, les militaires sont à l'extérieur et leur apporte une sorte de caution. "Omar el Béchir nous a dit que nous devions tuer tous les Noubas. Il n'y plus de place ici pour les Nègres (…) Avez-vous un Dieu ? Rompez le ramadan ! Même nous qui avons des peaux claires n'observons pas le ramadan. Et vous qui êtes noirs et laids, vous prétendez… Nous sommes votre Dieu ! Votre Dieu est Omar el Béchir (...) Nous sommes venus vous brûler… Nous tuerons vos maris et vos fils et nous coucherons avec vous ! Vous serez nos femmes ! " affirment-ils quand ils rasent les villages.

Pour avoir osé revendiquer un mieux-être !

Les femmes du Darfour sont ainsi les victimes d'un conflit – sous fond de racisme – qui oppose le gouvernement aux " rebelles " de l'ouest du pays. En février 2003, un groupe de rebelles autodésigné "Armée de libération du Soudan" et composé essentiellement de membres des ethnies Four, Zaghawa et Masalit, s'est créé et a commencé de s'attaquer au gouvernement d'Omar el Béchir. En avril 2003, un autre groupe, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), s'est constitué.

Pour ces deux groupes, le Dafour est marginalisé. Ils exigeaient alors une certaine représentativité dans les instances de décision du pays, des actions de développement dans leur région, et une protection renforcée pour la population sédentaire qu'ils prétendaient représenter. Ils en avaient marre du caractère exclusif du processus de paix entre le nord et le sud du Soudan où feu John Garang et son armée régnaient en maîtres. Les rebelles de l'ouest du Soudan avaient alors pris les armes parce qu'ils estimaient que "Khartoum ne dialogue qu'avec ceux qui ont des armes ".

En réponse à la création de ces deux groupes d'opposition armés, le gouvernement a donné carte blanche à des milices nomades pour attaquer les villages du Darfour. Ce sont ces milices que l'on appelle Janjawid et ce sont eux qui font le malheur des femmes. La mobilisation engagée par des femmes de renom là où les hommes semblent avoir échoué portera-t-elle enfin des fruits?