Tchad : risque de crise sanitaire pour les refugies et la population locale

Oms

Oms, 09 Décembre 2006

Le retrait du personnel des Nations Unies dont la présence n’est pas indispensable à Abéché, dans l’est du Tchad, y compris du personnel de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), expose les réfugiés, les populations déplacées et les communautés locales à une crise sanitaire, a déclaré aujourd’hui l’OMS.

Confrontées à l’insécurité croissante dans cette région, les institutions des Nations Unies ont été contraintes de retirer une grande partie de leur personnel d’Abéché après l’attaque de certains de leurs agents et d’un entrepôt au cours des dix derniers jours. Un grand nombre de résidents et de personnes vivant dans des camps ont difficilement accès aux soins de santé et la situation pourrait se dégrader rapidement.

La situation au Tchad s’est peu à peu détériorée depuis le début de 2006, mais les choses ont empiré ces dernières semaines. Dans l’est du pays, où se sont réfugiés depuis 2003 plus de 234 000 Soudanais fuyant le conflit au Darfour, on recense quelque 63 000 personnes déplacées, des Tchadiens chassés par la rébellion.

A la fin du mois dernier, l’attaque d’Abéché par les rebelles, ville qui joue un rôle clé dans les opérations de secours menées dans l’est du Tchad, a contraint les organismes internationaux de secours à diminuer leurs effectifs dans la région pour ne maintenir que des équipes réduites dans les 12 camps de réfugiés disséminés le long de la frontière avec le Soudan.

Compte tenu de l’afflux de population, les services de santé et les organismes d’aide sont déjà sollicités à l’excès et les chaînes d'approvisionnement risquent d'être touchées.

D’après le réseau d’alerte et d’intervention rapides mis en place par l’OMS, qui continue d’opérer malgré les problèmes de sécurité, les principales causes de morbidité chez les réfugiés sont actuellement les infections respiratoires aiguës, la diarrhée et le paludisme.

S’ajoute à cela un nombre croissant de traumatismes du fait des combats entre les rebelles et les forces gouvernementales dans le secteur. Le Dr Innocent Nzeyimana, qui coordonne l’antenne de l’OMS à Abéché, estime qu’avec la montée de la violence, le nombre de blessés lors des combats devient une grave préoccupation et que, de plus, les ressources locales sont insuffisantes et le personnel local n’est pas suffisamment formé pour s’occuper d’eux.

L’attaque de la ville de Guéréda le 1er décembre a fait 82 blessés et une centaine d’autres personnes ont été blessées à Abéché à la fin de la semaine dernière. Les organisations non gouvernementales présentes dans les camps ont encore assez de médicaments pour faire face aux besoins sanitaires. Mais les victimes civiles ne reçoivent pas tous les soins nécessaires si elles se trouvent en dehors d’un secteur desservi par Médecins Sans Frontières (MSF)-Hollande, qui s’occupe des blessés à Abéché et dans d’autres endroits. Le Comité international de la Croix-Rouge a également déployé une équipe chirurgicale à Abéché pour les opérations urgentes.

D’une manière générale, l’action de l’OMS dans l’est du Tchad a consisté à coordonner et diriger les opérations sanitaires selon l’approche dite « par groupe » : surveillance épidémiologique systématique, surveillance nutritionnelle et lutte contre les carences en micronutriments dans certaines régions. Un système d’alerte et d’intervention rapides en cas de flambée épidémique a été mis sur pied en collaboration avec d’autres organismes à vocation sanitaire. L’OMS s’est aussi employée à développer les services de laboratoire à N’Djamena et Abéché et à fournir des nécessaires et des tests diagnostiques rapides.

L’antenne de l’OMS à Abéché vient en aide à l’hôpital local et à MSF pour la prise en charge des victimes des combats en mettant ses compétences techniques à leur service pour les tests sanguins et en leur fournissant des réactifs, du matériel et des médicaments essentiels. Un nouveau nécessaire d’urgence, suffisant pour soigner 10 000 personnes pendant trois mois, et un nécessaire pour la prise en charge des traumatismes, qui permet de soigner 100 personnes, ont été envoyés à N’Djamena et seront expédiés à Abéché sous peu.