La crise du Darfour rappelle le conflit rwandais

Ap

Ap, 06 Décembre 2006

L'incapacité de l'Union africaine à gérer la crise du Darfour rappelle l'échec de l'occident pour prévenir le génocide au Rwanda, a observé mardi le président rwandais Paul Kagame.
Lors d'une visite en Grande-Bretagne, il a dit ne pas comprendre pourquoi la crise humanitaire au Darfour, dans l'ouest du Soudan, se poursuivait. «Il y a eu beaucoup de tergiversations, (...) beaucoup de débat, semblables à ce qui s'est passé au Rwanda», a-t-il déploré.

Le Rwanda contribue à hauteur de plusieurs milliers d'hommes à la mission de maintien de la paix de l'Union africaine dans la région. Mais les violences, qui ont fait plus de 200 000 morts, se poursuivent.

Paul Kagame a exclu un renforcement du rôle des pays occidentaux au Darfour. Tout en expliquant qu'une aide matérielle et logistique était la bienvenue, il a souligné que le commandement devait rester entre les mains africaines. «Il est toujours utile d'avoir des partenariats», mais «l'Afrique doit prendre l'initiative sur ces questions».

Lors d'un discours devant le cabinet londonien de politique extérieure Chatham House, le président rwandais a également abordé la rupture des relations diplomatiques avec la France.

Le juge d'instruction antiterroriste Jean-Louis Bruguière a délivré neuf mandats d'arrêt internationaux contre des proches de Paul Kagame, dans le cadre de l'enquête sur l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

Le juge recommande également que Kagame, couvert par l'immunité des chefs d'Etat en exercice, soit poursuivi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour son rôle présumé dans cet attentat, considéré comme le détonateur du génocide qui a fait quelque 800 000 morts et s'est achevé par l'arrivée au pouvoir de la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR) du président.

Evoquant un acte d'une «grande arrogance et insensibilité», le chef de l'État rwandais a estimé que le gouvernement français utilisait ces accusations pour couvrir sa propre complicité dans le génocide. «Les Français faisaient partie de ce génocide», a-t-il dénoncé.