Une saison en enfer au Darfour

Matthieu Goar

Ouest-france, 26 Juillet 2004


La pression internationale s'accroît sur le gouvernement soudanais pour qu'il désarme les milices janjawids responsables d'exactions au Darfour, à l'ouest du Soudan. Plus d'un million de personnes ont trouvé refuge dans des camps à l'ouest du pays et au Tchad voisin. 40 % des réfugiés y souffrent de malnutrition. Sur place, la saison des pluies a commencé rendant le travail des humanitaires encore plus difficile.
« La pluie tombe surtout en fin d'après-midi. Elle est si violente qu'elle détruit les abris les moins solides. », rapporte Nolwenn Conan, infirmière à Médecins sans frontières, à peine rentrée du camp de Mornay, 80 000 réfugiés, à l'ouest du Darfour. La pluie pourrait bientôt isoler encore un peu plus cette région du Soudan. Une région déjà accablée de malheurs : entre 10 000 et 30 000 morts depuis le début de la rébellion et plus d'un million de déplacés qui s'entassent dans des camps insalubres. Les chiffres sont variables, vers le haut plus que vers le bas. La réalité, elle, est encore plus trouble depuis le début de la saison des pluies. « Pendant la saison humide, il est paradoxalement plus dur de trouver de l'eau de qualité dans les camps. La pluie crée des cloaques d'eau stagnante favorables aux épidémies ou à différents types d'infections dans des camps à l'hygiène déjà précaire », rapporte Thomas Gonnet d'Action contre la faim.

Mais le principal souci quotidien des réfugiés qui peuplent les 132 camps du Darfour reste la nourriture. Dans le camp d'El Fascher, d'où revient justement Thomas Gonnet, il y a 40 000 personnes dont 8 000 enfants. Tous les matins un marché de 100 mètres de long avec des étals presque vides n'apporte qu'une infime partie des besoins alimentaires de la population. La pluie risque ne rien arranger. « Elle crée des problèmes de logistique car la plupart des routes du Darfour ne sont pas bitumées et deviennent boueuses. Nos 4X4 s'y embourbent alors que c'est une région grande comme la France », poursuit Thomas Gonnet.

Selon Bénédicte Goderiaux, une chercheuse qui a participé à la rédaction des rapports d'Amnesty International, « Certains camps du Tchad sont déjà inaccessibles aux envoyés du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) à cause de l'eau ». La situation pourrait devenir dramatique. « Les maigres réserves de nourriture des réfugiés s'épuisent et comme ils n'ont pas pu replanter leurs cultures, ils vont bientôt devenir totalement dépendants de l'aide humanitaire extérieure », analyse ainsi Thomas Gonnet.

Museler les Janjawids. Mais comment ?

Pendant ce temps-là, les exactions des milices armées, les Janjawids, continuent, et cela malgré l'engagement pris par le gouvernement soudanais devant Kofi Annan de les désarmer. « Le 18 juillet dernier, des villages du sud du Darfour ont encore été attaqués. De nombreuses femmes sont venues se réfugier au camp de Nyala, par contre il y avait très peu d'enfants à leurs côtés. » Le témoignage de Thomas Gonnet est clair. Les femmes et les enfants sont les premières victimes des massacres. Voir des femmes arriver de leur village avec peu d'enfants est significatif. 400 villages ont déjà été rasés depuis le début du conflit en février 2003.

Mais le gouvernement soudanais a-t-il encore le pouvoir de maîtriser ces « cavaliers de l'Apocalypse » comme on les appelle ? « Le gouvernement a toujours contrôlé ces milices qui portent les uniformes de l'armée. Les y intégrer complètement pourrait être un bon moyen de les soumettre », estime Bénédicte Goderiaux. Reste à savoir si le gouvernement soudanais en a les moyens et la réelle volonté.

Association Sauver Le Darfour www.sauverledarfour.org