Une contagion venue du Darfour

Jean Chatain

L'humanité, 02 Décembre 2006

Tchad . Le premier ministre français, arrivé hier à N’Djamena, a apporté son soutien au régime de Déby, confronté à des raids armés lancés depuis le Soudan.

Dominique de Villepin entamait hier, en compagnie de Brigitte Girardin (Coopération), une tournée africaine qui doit le conduire du Tchad à l’Afrique du Sud. Deux questions seraient plus particulièrement à l’ordre du jour : les risques de déstabilisation régionale découlant de la crise au Darfour (étape tchadienne), les enjeux de la mondialisation pour le continent (étape sud-africaine).

« Notre rôle au Tchad est en faveur de la stabilité de la région et d’un appui au régime légitime », a fait savoir l’entourage du premier ministre. Une expression quelque peu discutable pour qui se souvient des scandaleuses conditions dans lesquelles s’était déroulée la « réélection » d’Idriss Déby. Il reste que, après les attaques rebelles du week-end dernier dans l’est du pays, la crise a pris un « tour particulièrement aigu », qui n’était pas prévu au moment de la préparation du voyage. Une actualité qui souligne un « vrai besoin » d’une présence française dans la région, selon Matignon. La crise au Darfour devient une question d’autant plus urgente qu’un effet de contamination sur les pays limitrophes (Tchad et Centrafrique) s’accentue.

Concernant le Darfour, Dominique de Villepin a déclaré souhaiter « accélérer le déploiement » d’une force hybride ONU-UA (Union africaine) à la frontière ouest du Soudan. Comme la République centrafricaine, le Tchad a des frontières communes avec le Soudan et cette zone géographique est depuis plusieurs semaines le théâtre de violences cumulées, les raids venus du Darfour se surajoutant aux rébellions actives dans l’est du pays depuis 2005. L’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) du général Mahamat Nouri, ex-ministre de la Défense de Déby, s’est ainsi brièvement emparée samedi de la grande ville de l’Est, Abéché, à 150 km à l’ouest du Darfour soudanais. Un autre groupe, le Rassemblement des forces démocratiques (RaFD), fondé par les frères Tom et Timan Erdimi, anciens directeurs de cabinet et neveux du président tchadien, aurait temporairement pris le contrôle de Biltine. Ces cités sont considérées comme deux verrous sur la route de N’Djamena, où l’inquiétude règne. L’armée s’est déployée aux points stratégiques de la capitale, cible en avril d’un raid éclair de la rébellion repoussé par l’armée avec l’appui d’avions de reconnaissance français. À ces derniers seraient venus s’ajouter cinq avions d’attaque au sol italiens Marchetti et deux appareils russes de transport de troupes « prêtés » par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à Idriss Déby.

Le gouvernement tchadien a prorogé de six mois l’état d’urgence décrété le 13 novembre. Plus de 200 000 réfugiés du Darfour et environ 90 000 déplacés sont pris en charge par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) dans l’est du Tchad. Selon le chef de la diplomatie, Ahmat Allam Mi, les camps devraient être prochainement éloignés des frontières vers des régions jugées plus sûres. Selon lui, le Tchad est dans un « état de guerre » en raison d’attaques rebelles soutenues par le Soudan et des « cercles proches de la famille royale » saoudienne.

L’engagement militaire français, au moins sur le plan logistique, devrait s’étendre au voisin centrafricain. Selon l’hebdomadaire Jeune Afrique, 150 hom- mes et deux hélicoptères de combat seraient arrivés, le 19 novembre dernier, sur la base de Bangui-M’Poko, déjà sécurisée par les 200 éléments français de l’opération « Boali », l’appui aérien étant assuré par N’Djamena (Mirage et Bréguet Atlantic). L’objectif apparaît évident : bloquer l’avance des rebelles de l’Union des forces pour la démocratie et le rassemblement (UFDR) vers la capitale et reprendre les bourgades conquises voici quelques semaines par l’UFDR, en particulier la place de Birao. Concernant cette localité, il se murmure qu’une action conjointe est envisagée avec l’armée tchadienne afin de prendre en tenailles la garnison rebelle.