Le Tchad pris entre les guerres

Redaction

Bbc News, 29 Novembre 2006

On le sait: comme un cancer, le conflit du Darfour s'étend aux pays voisins du Soudan, et notamment au Tchad. Mark Doyle, rédacteur spécialisé dans les affaires internationales à la BBC qui a une longue expérience de l'Afrique, explique pourquoi. Lorsque les colonialistes français se taillaient un empire en Afrique, ils cherchaient un lien stratégique entre leurs colonies.

Ils ne sont jamais vraiment arrivés à créer ce lien, ce carrefour avec le Tchad pour centre: les Britanniques les en ont empêchés, saisissant le Soudan, les Italiens de leur côté faisant main basse sur la Libye.

Mais le Tchad est, aujourd'hui encore, dans une position stratégique, au centre d'une zone de conflits. Certains de ses voisins tels que le Soudan ou la RCA sont déchirés par la guerre. D'autres sont instables.

Stratégique Abéché

Les récents combats entre les forces gouvernementales et les rebelles au Tchad ont été particulièrement violents dans l'est du pays, près de la frontière avec le Darfour, cette région du Soudan où, selon les Etats Unis, le gouvernement soudanais commet un génocide, utilisant des milices d'ethnies arabes pour atttaquer des populations africaines noires.

La composition ethnique de la population de l'est du Tchad est similaire à celle du Darfour, et les combats se sont étendus au territoire tchadien.

La ville tchadienne d'Abéché, près de la frontière soudanaise, a toujours été le premier centre de population à tomber aux mains de rebelles avant une attaque contre Njamena, la capitale.

Au début des années 80, par exemple, l'ancien dirigeant rebelle, Hissène Habré, avait pris la ville avant de se rendre maître de la capitale, et de prendre le pouvoir.

Et l'actuel président, Idriss Déby Itno, avait lui aussi lancé des attaques contre les forces d' Hissène Habré à partir de la région d'Abéché avant de prendre le pouvoir à son tour.

Aujourd'hui, quand il accuse le Soudan de soutenir les rebelles tchadiens, il est possible qu'il parle d'expérience: on pense en effet que c'est à partir du territoire soudanais qu'il avait lancé sa propre offensive en 1990. A noter toutefois que le gouvernement de Khartoum dément avoir joué un rôle quelconque. Or, Abéché a été prise par les rebelles une fois de plus - brièvement - avant une contre-offensive gouvernementale qui (selon Njamena) les a délogés.

Présence française

Où sont les rebelles maintenant? Leur position fait l'objet de conjectures souvent contradictoires. Bien compréhensible, quand on sait que le terrain entre Abéché et Njamena est, en majeure partie, désertique et inhabité.

De temps en temps, l'ambassade française au Tchad donne des indications, dans ses messages aux ressortissants français vivant dans le pays, qui les informent du niveau du danger dans lequel ils peuvent se trouver.

Les Français effectuent des patrouilles aériennes, et ont probablement accès à des données provenant de satellites - bien qu'il arrive que des tempêtes de sable rendent les images inutilisables.

Rappelons que la France déploie environ un millier de soldats dans des bases à Njamena et à Abéché, souvenirs de l'époque coloniale, et instrument de la politique étrangère de Paris.

Ces forces fournissent des renseignements et un soutien logistique à l'armée tchadienne. Les rebelles les accusent d'aller encore plus loin et d'appuyer activement le régime d'Idriss Déby.

Le Tchad a d'autres frontières difficiles. Celle avec la Libye, par exemple, dans le nord du pays, où se trouve la région appelée la bande d'Aouzou. Celle-ci a plus d'une fois été l'objet de combats entre les forces des deux pays. Et au sud: la République centrafricaine, très instable. Près de 46,000 Centrafricains, fuyant les combats dans leur pays, sont maintenant réfugiés dans le sud du Tchad.

Le calvaire des civils

La situation a des conséquences tragiques pour les civils. Les combats dans l'est du Tchad menacent en effet le "couloir humanitaire" fragile qui permet de parvenir aux réfugiés soudanais (environ 200,000 personnes) et aux déplacés tchadiens (près de 90,000) dans la région.

Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR, gère une série de camps pour eux dans la région. Le terrain est inhospitalier. Les vivres et l'eau doivent être amenés par des convois terrestres, ou par avion par les ONGs.

Il y a quelques jours, un porte-parole du HCR avertissait que le "couloir" permettant d'acheminer l'aide à ces camps était "très fragile". Il ajoutait: "nous craignons maintenant de le voir coupé par la poursuite des violences dans la région. Ce qui mettrait les vies de milliers de Soudanais du Darfour et de Tchadiens en danger".