Le Tchad accuse le Soudan et des milieux saoudiens de le déstabiliser

Afp

Le Monde, 30 Novembre 2006

Le Tchad a accusé son voisin le Soudan, ainsi que certains milieux saoudiens, d'avoir joué un rôle dans une récente tentative des rebelles tchadiens de renverser le pouvoir en place à N'Djamena, dans une lettre rendue publique jeudi à l'ONU.

Dans cette lettre datée de mercredi et adressée à la présidence du Conseil de sécurité, assumée ce mois-ci par le Pérou, le Tchad affirme que le Soudan vient "une fois de plus" de l'"agresser" en "envoyant des mercenaires et autres attaquer les positions de (ses) forces de sécurité à Abéché et Biltine, dans l'est du Tchad".
"Cette nouvelle opération, ajoute la lettre, porte également la marque de l'Arabie saoudite, ou tout au moins de certains milieux influents proches de la famille royale qui aident au recrutement et à l'équipement de jeunes mercenaires liés à la nébuleuse al-Qaïda, pour le compte de la rébellion tchadienne".

Celle-ci, affirme la lettre, est "utilisée par le gouvernement soudanais pour renverser les institutions démocratiquement élues du Tchad".

N'Djamena demande au Conseil de sécurité de "condamner les actions d'agression et de déstabilisation du gouvernement soudanais". "Nous ne demandons que l'application effective de l'accord de Tripoli du 8 février 2006 et des engagements pris au sommet de Tripoli du 21 novembre 2006", ajoute-t-il.

Dans un texte signé le 8 février dans la capitale libyenne mais jamais véritablement appliqué, Tchad et Soudan s'interdisaient de se livrer l'un l'autre à des activités hostiles.

Plusieurs rébellions hostiles au président tchadien Idriss Deby ont repris fin octobre leurs opérations contre l'armée tchadienne. Le 25 novembre, l'une d'elles a notamment pris Abéché, plus grande ville de l'est tchadien, avant de s'en retirer.

N'Djamena accuse le Soudan d'alimenter ces rébellions à partir de sa province occidentale du Darfour, où sévit une guerre civile depuis 2003. Khartoum a démenti ces accusations.

La guerre au Darfour oppose depuis 2003 les troupes soudanaises, appuyées par des milices arabes, à des rébellions que Khartoum accuse le Tchad de soutenir.

L'ONU et l'Union africaine (UA) ont proposé le déploiement d'une force internationale aux frontières du Tchad et de la Centrafrique avec leur voisin soudanais, afin d'éviter que la guerre au Darfour ne déstabilise l'ensemble de la région. Le Tchad a accepté cette proposition jeudi.

La France, qui a des accords de défense avec N'Djamena et Bangui, a renforcé ces derniers jours d'une centaine d'éléments son dispositif Epervier, déployé depuis 1986 au Tchad et qui compte désormais environ 1.200 hommes.

Le Premier ministre français, Dominique de Villepin, a marqué jeudi le soutien de Paris au régime "légitime" du président tchadien Idriss Deby, lors d'une escale à N'Djamena.