Darfour: le Soudan donne sa réponse sur le projet de force ONU-UA

Redaction

La Croix, 29 Novembre 2006

Le Soudan donne mercredi une réponse formelle sur certains points controversés d'un projet de création d'une force de maintien de la paix conjointe ONU-Union africaine pour le Darfour, a indiqué mardi le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan.

"Je viens de lui parler (au président soudanais Omar el-Béchir) et il m'a dit que j'aurai sa réponse demain", a déclaré M. Annan à la presse.

Le secrétaire général avait demandé à M. Béchir des éclaircissements sur sa position sur trois questions clés laissées de côté lors d'une réunion internationale à Addis Abeba au début du mois, lors de laquelle Khartoum avait donné son accord de principe au déploiement d'une force conjointe UA-ONU au Darfour.

Ces questions concernent la taille de la force -que l'ONU a estimée à 17.000 soldats et 3.000 policiers-, les modalités de nomination de son commandant et le rôle du représentant spécial qui rendrait compte à la fois à l'ONU et à l'UA, a précisé M. Annan.

A Khartoum cependant, M. Béchir a réitéré sa position en faveur d'une poursuite de la présence d'une force de l'UA et démenti avoir accepté une "force hybride" comprenant des troupes de l'UA et de l'ONU. Il a réaffirmé que le déploiement de quelque 20.000 Casques bleus de l'ONU, décidé le 31 août par la résolution 1706 du Conseil de sécurité, placerait de facto son pays sous mandat international.

"On risque d'avoir au Soudan un Bremer numéro deux et regardez ce qu'il a fait de l'Irak", a-t-il dit en référence à Paul Bremer, l'administrateur civil américain, dont la gestion des affaires irakiennes après la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003 a été très critiquée. Pour lui, la solution au Darfour passe par le ralliement de non-signataires de l'accord de paix de mai au processus politique. "C'est là un choix stratégique pour nous", a-t-il affirmé, faisant état de la poursuite de contacts pour convaincre les rebelles encore actifs de jeter les armes.

M. Annan, qui quitte ses fonctions fin décembre, a indiqué à la presse que la crise au Darfour serait l'une des priorités de sa fin de mandat. "Sur le Darfour, j'espère que nous allons pouvoir mettre une solution sur les rails d'ici à la fin de l'année", a-t-il dit. Province de l'ouest du Soudan, le Darfour est le théâtre d'une guerre civile et d'une grave crise humanitaire depuis février 2003.

Selon l'ONU, le conflit a fait plus de 200.000 morts et 2 millions de déplacés, chiffres contestés par M. Béchir, selon qui le nombre des morts n'a pas dépassé 9.000.

Par ailleurs, le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan doit demander mercredi au Conseil des droits de l'homme, réuni à Genève, de tenir une session spéciale sur le conflit au Darfour, a annoncé l'ONU.

Le Conseil des droits de l'homme doit "éviter de décevoir" alors qu'il succéde à la Commission, un organe discrédité par ses manoeuvres de couloirs et qui était accusé de faire deux poids-deux mesures dans ses dénonciations des violations des droits de l'homme, avertit M. Annan. "Le cas du Darfour saute aux yeux", pour une session spéciale souligne le secrétaire général dans un discours qui sera lu mercredi matin devant le Conseil et dont une copie a été communiquée à la presse.

Le secrétaire général de l'ONU rappelle que le Conseil des droits de l'homme a tenu trois sessions spéciales depuis sa création en juin dernier, toutes consacrées au conflit israélo-arabe. Celui-ci ne doit cependant pas "monopoliser l'attention au détriment d'autres sujets qui constituent des violations aussi graves, voire plus graves" des droits de l'homme, poursuit le secrétaire général, qui doit quitter ses fonctions à la fin de l'année.

"Il n'est pas trop tard" pour démentir des "critiques", selon M. Annan. Le Conseil doit notamment éviter de retomber comme la Commission des droits de l'homme dans "la fracture entre le nord et le sud, entre les pays développés et les pays en voie de développement", met en garde M. Annan.

Province de l'ouest du Soudan, le Darfour est le théâtre d'une guerre civile et d'une grave crise humanitaire depuis février 2003. Selon l'ONU, le conflit a fait plus de 200.000 morts et 2 millions de déplacés.