Darfour : Nouvelle mise en garde de Jan Egeland

Redaction

Bbc Afrique, 29 Novembre 2006

Le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires, a averti que les conflits du Darfour, au Soudan, ainsi qu'au Tchad et en République centrafricaine, sont maintenant "étroitement liés".
Selon Jan Egeland, les combattants traversent maintenant les frontières pour lancer leurs attaques, risquant de déclencher "une crise régionale très dangereuse".

Jan Egeland prenait la parole à Genève, alors qu'une réunion de l'Union africaine au Nigéria doit évoquer la crise du Darfour et les moyens de renforcer le contingent de l'Union dans la région, qui manque d'effectifs et de matériel pour accomplir sa mission.

Le gouvernement soudanais a rejeté l'idée d'un déploiement de troupes de l'ONU.

Une mission hybride ONU/UA avait été proposée il y a quelques jours à l'issue d'une réunion entre représentants de ces deux organisations ainsi que du Soudan, mais lundi dernier (27 novembre), le dirigeant soudanais Omar El-Béchir a une fois de plus rejeté la formule.

Trois questions

Alors que les dirigeants de l'Union africaine se préparent à discuter de la crise lors de leur réunion à Abuja, l'ONU demande au président soudanais de donner son point de vue sur trois points concernant la mission, à savoir: l'importance du contingent, la nomination d'un haut représentant qui rendrait compte de son action devant l'UA aussi bien que devant l'ONU, et la désignation d'un officier chargé de commander la force.

Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, espère que l'UA profitera de sa réunion d'Abuja pour aller de l'avant dans ce projet.

Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, le haut commissaire de l'organisation pour les droits de l'homme, Louise Arbour, a lu une déclaration de Kofi Annan, qui estime que l'opinion mondiale doit prêter attention, de toute urgence, à la situation au Darfour.

De son côté, Jan Egeland avertit également que les gouvernements du Tchad, de la RCA, et du Soudan aident tous dans une certaine mesure les rebelles chez leurs voisins, risquant de déclencher une guerre régionale bien plus étendue.

Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires a été cinglant :
"cette fausse idée selon laquelle les ennemis de mes ennemis sont mes amis est fallacieuse", a-t-il martelé, avant d'ajouter: "ce que vous êtes en train de créer pour vous-mêmes, ce sont les conditions d'un chaos et de souffrances à long terme".

La crise s'étend

Jan Egeland a appelé à une action immédiate pour renforcer les efforts de maintien de la paix.

Rappelons qu'actuellement, 7000 militaires de l'UA sont déployés au Darfour. Ils n'ont pas pu mettre un terme aux violences, et un grand nombre d'entre eux n'ont pas touché leur solde depuis plusieurs mois.

Le déploiement d'un contingent a également été réclamé pour protéger les civils et les réfugiés du Tchad, menacés par des attaques lancées à partir du Soudan. Après des combats dans l'est du territoire tchadien, les agences humanitaires de l'ONU commencent à retirer leur personnel "non-essentiel" du pays.

En Républiqe centrafricaine, des rebelles se sont heurtées aux forces gouvernementales ainsi qu'à des unités françaises à Birao, une ville située près des frontières tchadienne et soudanaise.

Jan Egeland a lancé un appel à l'aide pour les civils pris dans la tourmente. Selon lui, alors que l'an dernier, un million de personnes au Darfour avaient "despérément besoin d'une aide", le nombre a maintenant quadruplé.

Quant au bilan, l'ONU estime que 200.000 personnes au moins sont mortes depuis le début des hostilités au Darfour il y a trois ans et demi. Omar al-Bachir affirme que le nombre des victimes de ces combats ne dépasse pas 9000.