La violence au Darfour en passe de devenir un conflit régional, selon Egeland

Presse Canadienne

Canada.com, 29 Novembre 2006

Les violences au Soudan, au Tchad et en République centrafricaine sont en passe de devenir un seul et même conflit régional de grande ampleur, a estimé mercredi à Genève le secrétaire général adjoint des Nations unies aux Affaires humanitaires, Jan Egeland.

Les violences dans les trois pays sont "désormais étroitement imbriquées", a-t-il expliqué à la presse. "Dans les trois pays, il y a des combattants de l'un ou l'autre des pays qui franchissent la frontière pour aller se réfugier de l'autre côté".

Les gouvernements des trois pays, a-t-il estimé, sont responsables de cet état de fait en aidant les forces rebelles du pays voisin, suivant le principe "l'ennemi de mon ennemi est mon ami". C'est un "raisonnement fallacieux", a-t-il poursuivi. Cela ne fait que créer "à long terme du chaos" dans les pays concernés et "beaucoup de souffrances pour vos propres citoyens et vos voisins", a lancé M. Egeland.

Ces combats constituent "l'une des plus grandes maladies de l'Afrique", a-t-il dit. Le gouvernement tchadien a accusé à plusieurs reprises le Soudan de soutenir la rébellion tchadienne, et le Soudan a exprimé de semblables griefs à l'encontre du Tchad. Les insurgés en République centrafricaine, qui partage également une frontière avec le Darfour, ont également intensifié leurs opérations au cours des derniers mois.

"Des combattants attaquent le Tchad du Darfour. D'autres attaquent le Darfour et le Soudan du Tchad. Et tous cherchent à se réfugier en République centrafricaine. C'est une crise régionale vraiment dangereuse", a résumé M. Egeland.

Le secrétaire général adjoint de l'ONU a dénoncé à plusieurs reprises la "détérioration dramatique" de la situation au Darfour où, souligne-t-il, quatre millions de Soudanais ont un besoin vital d'assistance humanitaire. Les milices arabes Janjawid et les rebelles, qui se sont réarmés, ont renforcé leurs attaques, recommencé à piller et à brûler des villages dans cette région de l'ouest du Soudan.

Il a accusé le gouvernement soudanais, les milices arabes qu'il soutient et les mouvements rebelles d'attiser le conflit, et la communauté internationale de ne pas protéger les civils innocents qui vivent dans la crainte des viols et des meurtres, alors que les dirigeants du monde entier s'étaient engagés à le faire lors d'un sommet de l'ONU en septembre 2005.

Le conflit au Darfour oppose les rebelles des tribus africaines au gouvernement central à majorité arabe depuis 2003. Khartoum est accusé de s'appuyer sur les milices Janjaweed, qui sont mises en cause dans de nombreuses violences. Le conflit a fait quelque 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés.

A Abuja, au Nigeria, la réunion prévue mercredi du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a été reportée d'une journée. Selon Sam Ibok, chargé par l'UA de superviser l'accord de paix signé en mai par certains mouvements rebelles au Darfour, le Conseil doit se pencher sur l'éventuel déploiement de plusieurs milliers de soldats au Darfour dans le cadre d'une force "hybride" ONU-Union africaine.