L’Union africaine restera au Darfour jusqu’au 31 décembre

Le Figaro

Le Figaro, 21 Septembre 2006

Khartoum, qui refuse que les Casques bleus prennent le relais, se félicite du prolongement du mandat de l’UA. Jugée inefficace et sous-équipée, cette mission bénéficiera toutefois de soutiens et de financement supplémentaires.


L'Union africaine (UA) a décidé de proroger jusqu’à la fin de l’année le mandat de sa force au Darfour, mercredi. Ce mandat devait s’achever le 30 septembre. Le Conseil de sécurité de l’Onu avait voté une résolution pour envoyer des Casques bleus prendre le relais des soldats africains. Mais Khartoum avait fait pression pour que les forces onusiennes ne prennent pas sa suite sur le terrain. Le maintien de cette mission de l’UA au Darfour (Muas) semblait la seule solution de compromis.

Critiquée pour son manque de moyens, la force sera toutefois renforcée : l’Onu lui fournira du matériel et un soutien logistique et la Ligue arabe de l’argent. Jusqu’à présent, les soldats de l’UA ont en effet été incapables de mettre un terme au conflit qui oppose les rebelles de la province au gouvernement soudanais, accusé d'avoir lancé les milices arabes, les djandjawid, contre les populations noires de la région. Un conflit qui a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003, selon les Nations unies.

Bras de fer entre Khartoum et la communauté internationale

Les dirigeants de l'UA et le Conseil de sécurité ne désespèrent pas que les Nations unies prendront le relais sur le terrain avec une force plus conséquente et mieux équipée, conformément à la résolution 1706 votée le mois dernier. Ce texte prévoit notamment le renforcement de la mission à hauteur de 20.000 hommes, contre les 7.000 actuellement déployés dans la province soudanaise, et lui donnant de nouvelles prérogatives dans la protection des civils. Un plan toujours rejeté en bloc par le président soudanais Omar al-Bachir qui dénonce une violation de sa souveraineté.

La communauté internationale, satisfaite, reste tout de même ferme quant à la nécessité d’un déploiement de forces de l’Onu dans le pays. George W. Bush a ainsi réclamé des Nations unies qu'elles agissent pour surmonter le refus de Khartoum. La ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett, a estimé de son côté que la décision de l'UA était «un pas qui nous éloigne de l'abîme», tout en notant «qu'il restait beaucoup à faire». Paris a salué cette décision, tout en soulignant que le délai de trois mois servirait à obtenir du Soudan son «consentement» au déploiement de casques bleus au Darfour. La semaine dernière, même l’acteur américain, George Clooney s’est mêlé au débat en déclarant devant le conseil de sécurité que des millions de personnes allaient mourir dans le «premier génocide du 21e siècle», s’il ne déployait pas des Casques bleus au Darfour.