Echec de la mission française

Redaction

Afrique Centrale Info, 13 Novembre 2006

La France a tenté ce week-end au Caire et à Khartoum de faire accepter l’idée d’une force internationale à la frontière du Soudan avec le Tchad et la République centrafricaine mais elle s’est heurtée au scepticisme de ses interlocuteurs.

Venu d’abord au Caire prendre conseil auprès du président égyptien Hosni Moubarak sur l’approche à adopter face au chef de l’Etat soudanais Omar el-Béchir, le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy y a obtenu autant d’encouragements que de mises en garde.
Hosni Moubarak "nous a dit que Béchir n’était pas fermé à certaines idées, mais qu’il fallait surtout l’écouter et ne pas apparaître comme le porte-serviette des Américains et des Britanniques", a dit un diplomate après l’entretien.

Omar el-Béchir a rejeté la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée le 31 août sous l’impulsion des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne et décidant l’envoi de 17.000 Casques bleus pour prendre la relève de la force de l’Union africaine (Amis) au Darfour, sous-financée et mal équipée.

La guerre civile au Darfour, province de l’ouest du Soudan limitrophe du Tchad et de la Centrafrique, a fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis février 2003, selon l’ONU.

Washington, qui avait parlé avant les élections parlementaires américaines "d’imposer cette résolution si nécessaire", a fait savoir jeudi qu’il discutait d’une formule de compromis.

Les Français voient "un assouplissement des positions des deux côtés", le président el-Béchir se disant désormais prêt à accepter un renforcement de l’Amis, selon un diplomate.
"La question est maintenant de savoir si on va vers une Amis + - la version soudanaise - ou vers une Amis ++, sous commandement logistique de l’ONU", explique un responsable français.

Lors de son entretien dimanche avec M. Douste-Blazy, le ministre soudanais des Affaires étrangères Lam Akol a dit que la question de la force de maintien de la paix au Darfour était la dernière des "priorités", après la recherche d’un accord politique et le volet humanitaire.

La France a proposé de s’engager davantage dans la recherche d’un accord politique, y compris en pesant auprès des rebelles qui n’ont pas signé l’accord d’Abuja du 5 mai.
"Nous connaissons un certain nombre de personnes qui peuvent faire partie du tour de table", a assuré à Khartoum M. Douste-Blazy, en faisant valoir le siège permanent au Conseil de sécurité occupé par la France et l’influence de sa politique arabe et africaine.

Mais Paris, inquiet d’une possible régionalisation du conflit au Darfour, a aussi cherché parallèlement à obtenir l’accord du Caire puis de Khartoum pour le déploiement rapide d’une force internationale le long des frontières du Tchad et de Centrafrique, deux de ses alliés africains, avec le Soudan.

Le ministre égyptien des affaires étrangères Ahmad Aboul Gheit a réagi à cette idée avec une pointe d’ironie au Caire, suggérant lors d’une rencontre avec la presse que Khartoum pourrait bien y voir "une manoeuvre" française.

Le président el-Béchir, qui a recu M. Douste-Blazy dimanche soir, s’est dit prêt à examiner la possibilité d’un déploiement d’"observateurs", un concept qui reste très en-deça des attentes de la France, dont l’armée surveille déjà ces territoires à partir du Tchad.

Le ministre français, qui devait se rendre lundi à El-Facher (Darfour) avant de regagner Paris, s’est néanmoins voulu optimiste, en soulignant que cette idée française d’une force à la frontière "avançait de part et d’autre".

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France doit participer jeudi avec l’Union africaine et le Soudan à une réunion sur le Darfour à Addis Abeba à l’invitation de l’UA.