Tchad: combats entre la rébellion et les forces gouvernementales à Abeché (est)

Par Halime Assadya Ali

Nouvel Observateur, 27 Novembre 2006

Des combats à l'arme lourde ont éclaté tôt samedi entre la rébellion tchadienne et les forces gouvernementales dans l'est du pays, à Abeché (885km à l'est de N'Djamena). Une reprise des affrontements qui fait craindre une aggravation de la crise humanitaire dans cette zone, qui abrite plus de 200.000 réfugiés venus du Darfour voisin.
Les habitants de la ville ont fui les combats, et les travailleurs humanitaires ont reçu pour consigne de ne pas sortir de chez eux, selon l'ambassade de France à N'Djamena.
Le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), qui gère une dizaine de camps de réfugiés dans l'est tchadien, a lui aussi fait état de tirs dans les environs d'Abeché, et rapportait des informations, jusqu'ici confuses, sur des mouvements de troupes dans le reste de la région. Vendredi déjà, le HCR rapportait que l'acheminement de l'aide avait dû être interrompu dans le secteur de Goz Beida, plus au sud-est, en raison de préparatifs militaires.
Dans l'après-midi, le calme était revenu à Abeché, selon le général tchadien Adoum Gabgalia, mais la situation restait confuse: l'Union des Forces pour la démocratie et le développement (UFDD), alliance de mouvements opposés au régime du président Idriss Déby, ont annoncé à la radio avoir pris Abeché, ce qu'a démenti le gouvernement.
Les communications ont été coupées avec Abeché, principale ville de l'est tchadien, peu après le début des combats.
La guerre pour le pouvoir a monté d'un cran depuis que le Tchad a commencé à exporter du pétrole en 2004. La rébellion, qui compte dans ses rangs des déserteurs de l'armée et certains proches de Deby, affronte l'armée gouvernementale de manière sporadique depuis 2005.
L'est du Tchad est en proie à une violence croissante, subissant les conséquences de l'extension du conflit au Darfour (Soudan) voisin. Et vendredi, le gouvernement y a prolongé l'état d'urgence pour six mois: les affrontements inter-ethniques y ont fait jusqu'à 400 morts ces dernières semaines. Le HCR rapporte des témoignages faisant état d'attaques sanglantes menées sur les villages par des miliciens arabes opérant selon les mêmes méthodes que les janjaweed au Darfour.
N'Djamena a accusé Khartoum d'avoir déclenché ces affrontements dans les régions de Ouaddai, Wadi Fira et Salamat, frontalières avec le Darfour.
En octobre, les rebelles avaient lancé une précédente offensive dans l'est, attaquant Adde, Goz Beida et Am Timan. Le régime tchadien a déjà accusé le Soudan de soutenir la rébellion, notamment lorsque le Front uni pour le changement (FUC) a attaqué N'Djamena, en avril dernier.
Selon le HCR, plus de 90.000 personnes sont déplacées dans l'est tchadien, dont au moins 15.000 depuis début novembre. Les rares déplacés tchadiens qui ont tenté de revenir chercher leur posséssions ont parfois été abattus, selon le HCR.
Quelque 218.000 réfugiés du Darfour vivent dans l'est du Tchad. Depuis le début du conflit qui oppose le régime de Khartoum et ses milices arabes aux rebelles d'ethnies africaines dans cette région de l'ouest soudanais, en février 2003, plus de 200.000 personnes ont été tuées et 2,5 millions ont fui les combats.
D'après le HCR, les nouvelles violences dans l'est tchadien menacent l'acheminement de l'aide humanitaire pour ces réfugiés. "La fil humanitaire y est très, très ténu, et nous craignons que la poursuite de la violence dans la région le coupe facilement, mettant en danger les vies de milliers de gens originaires du Darfour et du Tchad, qui ont déjà trop souffert", a déploré à Genève le haut commissaire Antonio Guterres.
"J'appelle toutes les parties à garder à l'esprit les énormes besoins humanitaires auxquels nous sommes déjà confrontés au Tchad", a-t-il ajouté.