Sudan: Darfour - une solution africaine est-elle possible ?

Redaction

All Africa, 27 Novembre 2006

La réunion d'Abuja, mercredi prochain, destinée à trouver une solution africaine à la crise du Darfour nous situera sur la capacité des Africains à pouvoir résoudre leurs problèmes sans ingérence extérieure.

Comme pour illustrer les difficultés à résoudre la difficile équation du Darfour, le sommet des chef d'Etat du Conseil de paix et de sécurité ( CPS ) de l'Union africaine prévu pour aujourd'hui 24 novembre à Brazzaville, n'aura plus lieu. Il a été renvoyé au mercredi 29 novembre prochain dans la capitale nigériane. Ce jour-là, Abuja devra abriter l'importante rencontre Amérique latine-Afrique. Il sera donc plus facile d'organiser un CPS en marge de cette rencontre.

Exclusivement consacré au Darfour, ce conseil de paix et de sécurité devra débattre des conclusions de la concertation d'Addis-Abeba du vendredi 17 novembre dernier au cours de laquelle il avait été arrêté que le Soudan allait finalement autoriser une opération conjointe ONU - UA au Darfour. Entre-temps, six chefs d'Etat arabes et africains se sont retrouvés mardi à Tripoli dans un mini-sommet qui a clairement affirmé sa préférence pour une solution africaine dans la résolution de la crise du Darfour. Les présidents du Soudan, du Tchad et de la République Centrafricaine, pays dans lequel le conflit du Darfour a aussi débordé, ainsi que ceux de l'Egypte, de l'Erythrée ont même admis avec leur hôte libyen, que l'ONU pouvait apporter une assistance à l'Union africaine. C'était déjà une grande avancée ; car depuis 2003 jusqu'à mardi dernier, le Soudan avait toujours rejeté avec fermeté l'idée que les casques bleus de l'ONU puissent se déployer dans cette province ravagée par la guerre civile depuis 2003.

Un "génocide" planifié

Il s'agit du cinquième sommet organisé en Libye pour tenter de mettre un terme à ce sanglant conflit qui tend à s'exporter dans les pays voisins et qui, en trois ans, a déjà tué 300.000 personnes, et provoqué le déplacement de deux millions et demie d'autres. A telle enseigne qu'aujourd'hui des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour dénoncer un génocide planifié comme au Rwanda en 1994.

En effet, lorsqu'on examine ce qui se passe dans cette région nettement plus vaste que notre pays, on ne peut que penser à un acte délibéré de la part des Arabes d'exterminer les populations noires avec lesquelles elles ont pourtant vécu en assez bonne intelligence depuis des siècles, si l'on excepte quelques frictions inévitables entre cultivateurs et éleveurs. Dès l'aube, des cavaliers armés parfois de fusils d'assaut, encerclent un village, qui est pratiquement rasé de la carte, une véritable politique de la terre brûlée. Destruction des champs, empoisonnement des puits, vol du bétail, meurtres, viols y compris des fillettes sont rapportés par les témoins traumatisés. 400.000 de ces rescapés vivent désormais au Tchad dans des abris précaires. Même ces camps de réfugiés ne sont guère épargnés par ces cruels Djandjawids, les cavaliers de l'Apocalypse, comme ils se font appeler eux-mêmes.

Fragile cessez-le-feu

Après les premiers massacres, la communauté internationale a fini par s'émouvoir. Un fragile cessez-le-feu, sans cesse violé, a été obtenu en 2004. Puis a été envoyée une force de maintien de la paix de l'Union africaine forte de 7000 hommes. Démotivés, manquant de ressources matérielles et financières, cette force de l'UA est elle-même constamment attaquée par les Djandjawids. C'est la raison pour laquelle le Conseil de sécurité de l'ONU a finalement décidé de voter le 31 août dernier la résolution 1706. Cette résolution stipule qu'il faut relayer la force de l'UA par celle de l'ONU, plus nombreuse (20.000 hommes) mieux équipée et mieux entraînée aux opérations de maintien de la paix. Mais voilà, les autorités soudanaises s'y opposent farouchement à son déploiement au Darfour, y voyant tantôt une recolonisation de leur pays, tantôt une manière déguisée de s'emparer du pétrole qui coule dans le sous-sol soudanais.

Mais la semaine dernière, il y a eu comme du nouveau dans le dossier du Darfour. Ceux qui tirent les ficelles en coulisses semblent enfin se réveiller depuis qu'il a été constaté que ce conflit s'est finalement exporté non seulement au Tchad, mais aussi en République centrafricaine. Le sommet sur le Darfour de mercredi prochain à Abuja nous situera sans doute sur la capacité des Africains à vouloir prendre ce dossier à bras le corps.